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Musique de la semaine

Arundo Donax

29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 11:58



Ne pas chercher à ne pas souffrir ni à moins souffrir, mais à ne pas être altéré par la souffrance.
(
Simone Weil, La pesanteur et la grâce, p.96 )

Nous ne possédons rien au monde - car le hasard peut tout nous ôter - sinon le pouvoir de dire je.  Il n'y a absolument aucun autre acte libre qui nous soit permis, sinon la destruction du je.
( Simone Weil, La pesanteur et la grâce, p.35 )

Qui donc est mon vrai " je "?
Celui de la vraie vie ou celui du virtuel?
Mariage des deux sans doute.

Dans la vraie vie de chaque jour être attentive à l'autre m'est une urgence simple.

Le langage du corps confirme celui des mots, leur donne assiette sûre,
autorise cette ouverture qui est tension volontaire
légère et toute emplie de tact.


Un visage qui pâlit, le regard qui se mouille, l'intonation de la voix, la posture générale,
un parfum qui soudain se dégage de l'être. Tout parle. Tout permet d'ajuster son propre ressenti à celui que l'on voit, et déchiffre et comprend.


Lisant l'autre on se relit
on se relie.
La vie est là tout près,  aux prières profanes
la distraction elle-même devient une attention.
L'espace dénoué de ce qui s'interprète offre à chacun son lieu. Sans failles trop douloureuses.

Internet et sa vie résumée si souvent aux signes qui le parcourent
essoufflés, vides d'intonation, aux phrases qui n'aident point à atteindre l'esprit
Internet est un piège pour qui est essentiellement empathique.

Car, dépouillée de l'aide considérable du langage non verbal,
cette aptitude à entendre la sensibilité d'autrui peut
en un rien de temps
se muer en écoute scrupuleuse, égoïste et maniaque
d'un code réduit au strict fonctionnel.

Je tombe alors dans
l'attente que chaque chose soit à sa juste place
et que les êtres soient ce que j'espère d'eux.

Dans ce monde aplati qui ne respire pas
les défauts minuscules deviennent d'immenses crimes
et cette partie de mon être qui en temps ordinaire s'ignorait meurtrière
s'offre à des armes qu'elle ne savait porter.

Tout ceci s'exerce aux dépens du vivant et de son bienheureux désordre
si attendrissant car je m'y reconnais
surtout dans les faiblesses.

Ce miroir qui m'est tendu me montre sous les traits d'autrui
qui ne sont autres que les miens
étrangère que je ne sais plus entendre
j'en vois tous les défauts, me reconnais partout
et au lieu d'accueillir
j'en deviendrais mauvaise. Grincheuse. Râleuse. Exigeante. Pitoyable...

C'est examen de conscience que je livre là, aussi honnête que possible.

Retrouver
l'élixir de jouvence d'un monde en épaisseur
retrouver la grâce de l'accueil
dans le virtu-réel
et l'instant qu'on oublie.








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