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Mardi 15 juillet 2008

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Laissez couler les eaux sauvages
je veux entendre encore les cris de beauté des bêtes !
hurla l’enfant

derrière les barbelés où se trouvait piégé
en compagnie des Nuits  attendant leur prochain procès.

Mais nul ne l'entendait.



Le temps passa.
Furtive une graine

et une autre et un oeuf une source
ou peut-être
était-ce lui
qui
à force de rêver

donnait corps à ses rêves ?

- Défends-toi ... lui murmurèrent les roseaux
- Défends-toi ... lui chanta l’eau se réveillant
- Défends-toi ... pépièrent les oiseaux neufs
jusqu’à la faute s’il le faut...

- Je ne sais pas ... pleura l’enfant
Je me souviens du temps
où j’étais un bateau
et la mer se glissait entre mes bras ouverts
sans malheur et sans carte

- Prends-nous entre tes lèvres ! lui murmurèrent les roseaux
- Bois-moi dans l’incendie ! lui chanta l’eau
- Ecris avec nos ailes ! pépièrent les oiseaux neufs
jusqu’à la faute s’il le faut...

Alors l’enfant
broda  aux flûtes de souvenir
écrivit sur la nuit ses fables d’oiseaux neufs
et but jusqu’à la Faute l’eau qui s’offrait à lui


De la Vie que désertaient les vagues
jamais ne s'était élevée une voix
un poing
hauts
gainés de rage aidant l’envol à se percher
dans la clarté sans royaume


Peut-être attendaient- ils qu'on leur rende un guetteur
ignorant à jamais des mannes d'or et d'ambre
la tête en éventail
le cœur offert aux flèches
et puis
dans sa poitrine
un cri plus succulent que l’immonde torpeur
et pour tout vêtement la confiance en sa peur ?

Pendant qu'ils réparaient ce qu'ils avaient blessé
l'enfant pensait.

- Je rêve, je rêve d’être une pierre
bleue lançant au soleil l’oiseau qui m’ habitait
vers des moissons d'épices et des peuples d'été

Je rêve, je rêve d'être la main dressée
sur un adieu sans mort
un matin pour de vrai

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par Viviane Lamarlère publié dans : voyages de l'âme
ajouter un commentaire commentaires (11)   
Jeudi 10 juillet 2008




Suite à un commentaire très pertinent de Jean-Pierre, je voudrais rectifier quelques idées reçues relativement à la musique espagnole et à l'influence déterminante que l'on accorde dans sa genèse à la musique Arabe.
L'Espagne a été et reste une réunion de peuples farouchement indépendants et attachés à leur territoire, leurs traditions, leurs langues régionales.  L'Espagnol est, se perçoit, se sent, se parle, vit en Andalou, Aragonais, Catalan, Basque, Castillan, Gallicien etc avant d'être Espagnol. 

C'est donc une mosaïque de peuples fondée sur le refus de tout système unificateur. Et l'on comprend mieux dès lors que la musique composée durant l'époque de la conquête Arabo-Musulmane ait été une musique de résistance.

Tout d'abord revenir sur ce terme Mozarabe qui vient du mot  musta'rib : « arabisé », part. actif de istaraba « adopter les mœurs arabes, se faire semblable aux Arabes, devenir Arabe...
Ce mot a désigné les chrétiens autorisés à vivre leur religion sous condition de payer des taxes à l'occupant et que leur liturgie soit formulée en langue arabe. On sait que très rapidement cette " tolérance " toute relative se transforma en véritable vassalisation devant la résistance de noyaux disséminés dans tout le pays, qui conservaient le latin comme langue de communication et restaient attachés aux dogmes et musiques héritées des temps précédant la conquête . A tel point que  Al Mansour se fit une gloire de ne laisser en cette terre chrétienne aucun vestige des églises, y compris celles qu'il avait tolérées un temps et qui depuis le dix-neuvième siècle sont qualifiées de l'adjectif  pompeux et fallacieux de Mozarabes ou " arabisées ".

Les chrétiens tolérés par la règle musulmane moyennant impôt étaient interdits de bâtir. On voit mal comment on peut dans ce cas parler d'édifices religieux Mozarabes.



Il est d'autre part très vraisemblable que - reconnaissant dans la musique espagnole très modelée par la culture Byzantine ou hébraïque quelques unes des caractéristiques modales, mélismatiques et rythmiques de leur propres musique - les conquérants ont, par un renversement assez aisé et flatteur, transformé ces similitudes pré-existantes de plusieurs siècles à leur conquête, en  " adopter les moeurs Arabes ".


La péninsule Ibérique fut une des premières à être largement christianisée dès le IIème siècle de notre ère, et la présence de grandes communautés juives y a implanté ses traditions de psalmodie au coeur même des rituels religieux chrétiens.
Mais ce ne fut pas la seule influence. Les chants religieux chrétiens incorporent l'Hymne de Saint Ambroise, le système musical gréco-romain, les thèmes mélodiques d'origine byzantine auxquels la liturgie restera farouchement attachée, jusqu'à nos jours où de nombreuses évêché ont demandé au pape l'autorisation de revenir aux anciens rituels et chants...

Tout ce métissage s'exprime soniquement dans les édifices nés de l'installation wisigothe dès le Vème siècle et ce  avec pas mal de résistance encore une fois de la part de l'occupé, jusqu'à ce que les Wisigoths se rallient à l'église Romaine en 589.

Pendant deux siècles, l'Espagne wisigothe Christianisée va oeuvrer en faveur du commerce avec la Méditerranée et le reste de l'Europe Atlantique ( jusqu'en Irlande), travailler à une répartition plus juste du travail ( abolition de l'esclavage des chrétiens par les juifs), organiser des collèges professionnels d'orfèvres, médecins, artisans divers,  diffuser l'éducation et l'écriture jusque dans les milieux ruraux,  dans des écoles et monastères au dessus de la porte desquels était écrit, comme à l’entrée de la bibliothèque de Séville : « Il est ici bien des œuvres sacrées, bien des œuvres profanes " , jeter les bases d'un art pré-roman très dépouillé, non figuratif, passer maîtres en l'art de l'orfèvrerie religieuse, et même accueillir tous les intellectuels chassés du Maghreb par la conquête en marche.

Curieusement, la fascination pour l'Orient a amalgamé les productions ( très rares) des espagnols acquis à la cause musulmane et celles des résistants qui souvent rejoignaient le nord du pays où se préparait la Reconquista. Des villages entiers y préservaient leurs lieux de culte et cultures traditionnelle.
Un certain nombre de chercheurs , dont Isidro Bango Torviso, réclament l'abandon du terme Mozarabe qui privilégie d'une manière excessive une culture tout à fait artificielle et née d'un joug avéré aux dépens du substrat culturel de pans entiers de populations.

La musique Hispanique d'influence byzantine, gréco-latine, juive et wisigothe, que l'on nomme improprement musique Mozarabe, est une musique de résistance, y compris au chant grégorien qui est associé au pouvoir de Charlemagne et aux Germains.


Je lisais sur un site marocain de toute bonne foi sans doute que le flamenco avait été inventé par les conquérants arabes en Espagne et que le mot lui-même  venait du mot arabe Felah-Mengus ( ?) : paysan errant... On ne connaît pas véritablement l'origine de ce mot et chacun prend celle qui lui convient, il reste que les chants puis la danse tels que nous les connaissons à ce jour ( voix mélismatique, accompagnement des mains et des talons, accompagnement de cistres, castagnettes et guitare ou mandoline plus rarement) sont apparus en Espagne entre le XIIIème et le XVème siècle, corrélés aux migrations de gitans venus des... Flandres ( Flamenco, flaminque) qui ont incorporé à leur propres traditions musicales les modes de la musique Ibérique et ceux de la musique arabo-berbère. Le flamenco est une musique métissée dans laquelle l'influence gitane reste prépondérante.

Venons en à la musique arabo-andalouse. Le terme en lui-même n'est pas faux, il dit bien l'interpénétration des cultures. Ce qui est abusif est l'usage qu'on en a fait par suite, accordant la prééminence à l'influence arabe sur l'influence strictement espagnole.

Elle est l'héritière de ce mélange singulier et très riche entre traditions folkloriques locales, musique chrétienne espagnole primitive, musique gréco-latine, byzantine, juive, afro berbère et arabe.


On a inversé l'histoire en prétendant que toute la musique espagnole avait été modifiée par la conquête musulmane.

Les musiques espagnoles  folkloriques et religieuses sont restées un creuset vivace jusqu'au XIXème siècle en Espagne et on connait en particulier au XIIIème siècle les quatre cent Cantigas réunies à la demande et sous la houlette très présente d'Alphonse X, Roi d'Espagne et empereur d'Occident, qui font le lien intime entre chants de troubadours d'Aquitaine,  chants liturgiques chrétiens, poèmes mystiques et romances ou danses populaires régionales restées intactes dans leurs formes d'aujourd'hui et que célébrera de façon magnifique Granados, avec les rythmes autochtones de la moitié nord de l'Espagne, très résistants à la conquête de l'Islam.

Bien sûr, les tenants d'une influence déterminante nous diront que les cantigas 20 et 362 sont de toute évidence sous influence musicale mauresque, mais est-ce bien étonnant quand on sait que sur la quantité de musiciens, poètes, danseurs, artistes réunis autour de ce projet, ils s'en trouvait des juifs, des espagnols, des maures? 
Et deux airs sur quatre cent suffisent-ils réellement à établir des statistiques définitives???

On appelle en vérité musique arabo-andalouse, la musique postérieure à la Reconquista, telle que l'ont développée puis transmise:

- en Andalousie les musiciens musulmans restés en terre chrétienne pendant / après la Reconquista ( on pense en particulier au prodigieux Ziriab, musicien Kurdo-Persan d'origine tanzanienne, donc africain noir, exilé de Bagdad où son talent suscitait bien des jalousies parmi ses rivaux, surnommé l'Oiseau noir en raison de sa couleur de peau et de sa voix enchanteresse, qui créa le premier conservatoire libre d'accès à tous, toutes religions confondues, en Espagne ).
- plus tardivement au Maghreb les musiciens en exil et leurs disciples, métissant une seconde fois leurs souvenirs des styles côtoyés dans leur ancien empire à ceux de la culture ottomane qui envahit l'Algérie au XVIème siècle et surtout aux musiques  Berbères, ou des esclaves noirs essentiellement faites de percussions.

On voit que l'on est loin du simplisme habituel qui fait de la musique espagnole l'héritière directe de la seule musique arabe. Et de la musique dite Arabo-Andalouse la quintessence encore vive de ces croisades violentes et intolérantes.

La musique dite espagnole classique telle qu'elle s'exprime encore aujourd'hui dans des traditions écrites est fille de la musique gréco-romaine, byzantine, juive, traditionnelle espagnole. Elle doit finalement fort peu ( à part l'introduction de certains instruments tels le luth ( oud) par Ziriad ) à la musique arabe proprement dite, si ce n'est la réputation infondée mais savamment entretenue de tout lui devoir...

La musique dite arabe classique est fille de la musique persane, indienne, grecque. Elle se transmet oralement, avec d'ailleurs de la part des artistes de nos jours une très grande exigence et pureté stylistique. Il n'y a à ce jour aucune partition écrite des oeuvres et mélodies.

La musique dite arabo-andalouse, telle qu'elle se perpétue encore aujourd'hui dans une tradition orale  en Afrique saharienne ( il n'y a la non plus aucun témoignage écrit de cette musique, elle était transmise de maître à disciple par imitation) a sans doute gardé de cette très complexe musique Espagnole classique qu'elle côtoya un temps une attirance pour l'orchestration - qui ne lui est pas spontanée - mais elle reste aujourd'hui encore très proche des percussions et monodies  afro-berbères et ottomane.

Toute musique se construit sur des apports intérieurs, autochtones et sur des influences extérieures. Privilégier l'un de ces facteurs aux dépens de tous les autres est ne pas rendre justice à la formidable aptitude humaine à nourrir ce qui lui vient du passé et s'approprier dans une saine curiosité ce qui lui vient ... d'ailleurs. La musique occidentale doit en partie à l'orient, comme la musique orientale doit en partie à l'occident... C'est ce qui fait la richesse de cet art de l'éphémère.


Extrait d'une messe dite "Mozarabe "



Musique Arabe classique



( ouvrir le site et cliquer sur audio
pour écouter d'autres larges extraits de cet ensemble superbe
mais on voit tout de même mal la filiation avec la musique espagnole ultérieure)



De Enrique Granados
deux des douze danses populaires espagnoles
dont on peut encore aujourd'hui lors de fêtes locales entendre
celles qui ont inspiré ces versions très classiques
(regarder la vidéo, très... celtique
et qui nous prouve que le patrimoine musical est resté intact en dépit des aléas)



Villanesque ( ou villanelle, danse pastorale )

Aragonnaise


Danse populaire asturiana
en vidéo






par Viviane Lamarlère publié dans : Musique
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