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Musique de la semaine

Arundo Donax

11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 09:42



Hier après midi
pour apaiser une rage de dents récidivante
j'ai joué un peu
au piano
une œuvre que j’adore
cela m’a fait du bien


Elle commence comme une œillade
une invite à rondir les reins sous la paume
à s’effleurer des cils avant de se goûter

C’est un fandango une danse amoureuse une danse d’antan
voluptueuse et sauvage

Celui que j’ai joué est celui du Padre Antonio Soler, compositeur du XVIIIème siècle espagnol.

On dit qu’il n’est pas l’auteur de cette œuvre, peu me chaut, il faut bien que quelqu’un l’ait écrite ! Le même genre de polémiques eut lieu à propos de Shakespeare, polémiques dont Alphonse Allais montra toute la vanité d'un : " William Shakespeare n'a jamais existé, toutes ses oeuvres ont été écrites par un inconnu qui portait le même nom que lui".

Padre Soler fut maître de chapelle toute sa vie durant dans l'ordre de Saint Jérome et exerça son magistère dans le monastère de l'Escorial, résidence d'été des rois d'Espagne, bâtie dans la montagne sur les plans du temple de Salomon.


Enfant précoce, il commence par être choriste puis ses fonctions lui permettent de rencontrer son maître, Domenico Scarlatti, qui aura une influence considérable sur lui.
Ses sonates sont de forme très classique et d'un caractère très italien, bien dans la lignée de son professeur. Son oeuvre nombreuse en fait l'un des compositeurs de tout premier plan de ce siècle là et de son intrument de prédilection: le clavecin.


    Ici, nous sommes en présence d’une danse typiquement espagnole, écrite en ré mineur, dont la courte introduction très ornée lance l'oeuvre.

    Les très nombreuses variations de cette danse vont s’appuyer, tout du long de leur déroulement ininterrompu, sur une basse obstinée de deux mesures d' arpèges joués par la main gauche dans la tonalité de ré mineur. Pour des impératifs de non-doublement de la ligne mélodique ou de la structure, ces arpèges seront par moments et sans aucune préparation, d'où l'effet de surprise, remplacés par des gammes. Enfin, afin d'amortir la monotonie possible, Soler introduira de brefs passages en fa majeur ou Si bémol majeur.

    Cette tonalité de ré mineur ne comporte pas de  Si bémol, il s'agit d'une gamme grégorienne dite Dorique.
 
    La main droite, sur cette trame simple, va s'en donner à coeur joie, multipliant les difficultés d'ornementation, de sauts de registres, de variations rythmiques,  monnayage des valeurs de notes, passages subits de binaire à ternaire, renversement des thématiques, transpositions à l'octave, déséquilibre des syncopes, imitations de la guitare etc.  Tout est dit dans l'introduction de l'oeuvre, le matériau de chaque variation s'y trouve et c'est là que le compositeur va puiser, parfois une mesure ou deux ou quatre qu'il va développer sur quatre mesures, huit ou douze selon l'inspiration et la longueur des phrases.
Vers la fin c'est la main droite qui reprend l'accompagnement à son compte, la main gauche brodant en sautant par dessus elle.

Autant dire qu'il y a foule de variations.

    La partition comporte d'ailleurs la totalité des indications d'ornements, ce qui n'était pas une chose acquise à l'époque mais il faut dire que Soler avait écrit un traîté sur le sujet et il semble naturel qu'il ait souhaité réaliser lui-même ces ornements. Libre ensuite à l'interprète d'aujourd'hui d'en rajouter, mais point trop ne faut noyer la phrase si élégante sous le décorum des grupetti et autres mordants barrés.
    C'est une danse joyeuse et vive qui vous remet le soleil dans la tête, et donne envie aux pieds de taper du talon comme les gitanes de Séville. Accords plaqués, rasguéados typiquement andalous, imitation de percussion, tout cela contribue au caractère foncièrement ibérique de cette danse de séduction qui ne veut s'interrompre jusqu'à l'acmé.

    Je vous en offre ici deux versions. La première, un ton plus haut que la seconde, est un peu trop rapide à mon goût, pas assez sensuelle, trop métronomique mais c'est agréable aussi de pouvoir comparer. Il s'agit sans aucun doute possible d'un fichier MIDI. Il a le mérite, dans son absence de variété de coloration, de permettre d'entendre clairement le travail répétitif de la main gauche et de mieux préciser, paradoxalement et en dépit de la vitesse, ( il n'y a tout simplement pas d'effet de rémanence sonore )  celui de la main droite si fouillée.

    La seconde est à couper le souffle tant elle respire (me relisant, je me dis que souvent je ferais mieux de me relire, tant pis, laissons ;o)), tant elle est à l'écoute de ces approches, reculs de deux corps en désirs, tant elle dit la pavane amoureuse et les attaches orientales de cette musique, tant le rubato y sonne avec naturel et sans affectation, les accélérations et ralentissements parlent juste
musique faite vie...
    Ecoutez surtout la finesse avec laquelle la seconde interprétation réintroduit l'entrée de l'oeuvre qui devient sortie... pas photo.

Si je puis vous conseiller deux interprétations, celles, incandescente,  de Rafael Puyana - élève de Landowska - et la mélancolie très inspirée du regretté Scott Ross.




Fandango par Wanda Landowska

trouver une photo libre de droit de Soler.

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publié par Viviane Lamarlère - dans Musique
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