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Musique de la semaine

Arundo Donax

28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 06:45





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Toiles de Brekelenham


Qui mieux que ce peintre flamand, Quirijn van Brekelenham, quasiment inconnu et presque contemporain de Couperin,  pourrait illustrer en images le milieu dont était issu notre plus simple, discret et élégant compositeur de l'époque baroque ?

Né en 1668, François Couperin faisait partie de ces dynasties de musiciens pour lesquels leur art était avant tout un artisanat magnifié par l'expérience et la modestie.

Non que ses ancêtres fussent musiciens professionnels, ils appartenaient aux monde rural, à celui des tailleurs d'habits ou des paysans.
Mais tous avouaient une passion pour la musique. Quelle fabuleuse conjonction de talents naturels et d'un environnement propice que celle qui conduisit cette famille à tenir pendant trois siècle les orgues prestigieuses de l'église Saint Gervais.

Le grand-père, Charles dit "L'Ancien", rendez-vous compte, possédait à lui seul trois basses de violon, trois dessus de violon, deux dessus de haultbois, un gros haultbois, deux tailles de haultbois, deux flûtes d'Allemagne, deux mandoles et deux petites posches.

Voilà un héritage plus qu'honorable pour ce modeste milieu et qui va permettre aux jeunes générations de déployer tout leur savoir-faire. Organistes, violonistes, clavecinistes, il semblerait que rien ne les arrête, jusqu'à  devenir musicien (ne)s à la chambre des rois de France. Car il y a aussi de brillantes interprètes féminines parmi cette tentaculaire famille...

Mais revenons à François.


sebastien stoskopff corbeille de verres 1744


Le jeune garçon dont la vie était si bien ordonnée autour de ses études musicales   va - à l'instar de ces cristaux légers - rencontrer ce qui brise et  force à une maturité précoce. 

A  onze ans l'enfant, qui possède mieux ses notes que l'orthographe dont il ne s'accommodera jamais, succède
aux Grandes Orgues de Saint Gervais à son père qui vient de décéder. Bien sûr cela déroge quelque peu aux usages, il fallait pour succéder à une telle charge être âgé de 18 ans pour avoir le droit de jouer et de 21 ans accomplis pour en être payé.
Peu importe. On nommera Michel de Lalande pour une durée de sept années, que le brillant organiste fort occupé par ailleurs laissera parcourir seul au jeune François, lequel s'en acquittera si bien qu'il se voit à l'âge de quinze ans officiellement rétribué par le conseil de Saint Gervais.

Il ne cesse de composer: pour l'orgue, pour ensemble vocal ou instrumental et surtout pour clavecin, essentiellement à l'usage de ses petits élèves royaux car en 1693,  agé de 25 ans, le talentueux organiste remporte le concours  qui fait de lui  l'un des quatre organistes de la chapelle royale et le professeur de musique de toute la famille de Lous XIV. Cet homme qui détestait les intrigues ou les mondanités et était de santé fragile se consacra toute sa vie à la musique et à ses proches auxquels il transmet le flambeau et la passion. C'est en toute logique sa fille Marie-Antoinette qui prendra sa succession au clavecin pour l'ordinaire du Roi.

Il disparait en 1733 en laissant 252 pièces pour clavecin, 2 messes, 12 sonates en trio et quatuor ( qu'il rédigea sous un patronyme italien afin de leur assurer un minimum de succès ), 14 concerts royaux pour orchestre de chambre, des pièces religieuses telles les sublimes Leçons de Ténèbres, quelques motets et ouvrages théoriques. Son oeuvre sombre dans l'oubli jusqu'à sa redécouverte en 1841 et son édition par... Johannes Brahms en 1886.



L'oeuvre pour orgue consiste en deux messes qui, dans un souci de pompe très  typique de ce grand siècle alternent plain-chant hérité du Moyen-âge, choeurs et intermèdes d'orgue reprenant les versets chantés. Les instruments de l'époque usent de registres brillants dont les compositeurs se satisfont la plupart du temps  sans trop chercher la complication: l'important est de sonner! Couperin va développer une écriture plus subtile qui mettra en valeur les différents jeux de l'orgue et ses propres talents de contrapuntiste.

Je vous propose d'écouter deux extraits de la Messe pour les paroisses, écrite à l'age de vingt ans. ( Pensez à vider la mémoire cache de votre ordinateur afin de pouvoir écouter les lecteurs...)

Couplets sur l'Agnus Dei

Pièce en canon (qui fait entrer successivement les différents registres de l'instrument).

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/20_Messe_Solemnelle_a_lUsage_des_Paroisses__3e_Couplet_de_lAgnus_Dei_-_Dialogue_sur_les_Grands_Jeux.mp3&

Offertoire sur les grands jeux

La pièce la plus longue de cette messe. On peut la diviser en trois parties: un prélude en rythmes pointés à la française, suivi après environ deux minutes trente d'une fugue chromatique sans faiblesse dans le mode mineur puis après trois minutes trente d'une fugue en forme de gigue.

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/15_Offertorium__Orgel__Offertoire_Sur_Les_Grands_Jeux.mp3&


Rembrandt_Jeremais_Lamenting_the_Destruction_of_Jerusalem.jpg

Lamentations de Jérémie de Rembrandt


L'oeuvre vocale brille essentiellement quant à elle par les Leçons de ténèbres. Composées pour les Semaines Saintes, elles faisaient partie des offices que les moines chantaient sur le texte des Lamentations de Jérémie  les jeudi, vendredi et samedi précédant Pâques.
Entamées peu avant l'aube, ces leçons étaient chantées  avec une grande solennité propre à frapper les esprits, en éteignant l'un après l'autre quatorze des quinze cierges d'un chandelier.  Le dernier, laissé allumé mais caché derrière l'autel pour mieux surgir soudain dans la nuit, symbolisait la résurrection.

D'une indicible sensualité mêlée de ferveur, ces Leçons donnent idée de ce qu'était la piété en ces temps là. Les voix féminines y atteignent le ciel, déformant la parole jusqu'à ce qu'apparaisse un sens qui, dépassant les mots, atteint au plus profond la chair en même temps que l'esprit.
Chaque verset chanté en latin est précédé de la lettre de l'alphabet hébraïque qui le commençait dans le texte de Jérémie. Cette lettrine est ici vocalisée avec une merveilleuse douceur. Ne dirait-on pas alors que cette porte sonore, à l'instar des lettrines des enluminures, nous ouvre au monde spirituel qu'elle semble contenir tout entier, annonce et surmonte?

Je vous propose d'écouter les lettres JOD,  CAPH  et LAMED, extraites de la troisième Leçon de Ténèbres dans l'admirable interprétation de Véronique Gens et Sandrine Piau. Six minutes et quelques de joie pure... Il est dommage que les enregistrements les séparent car elles s'accommodent d'être enchainées sans interruption.

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/13_Trois_Lecons_de_Tenebres__XIII_JOD.mp3&

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/14_Trois_Lecons_de_Tenebres__XIV_CAPH.mp3&

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/15_Trois_Lecons_de_Tenebres__XV_LAMED.mp3&



1665-66 The concert-copie-1


Venons-en à l'oeuvre pour clavecin et pour orchestre.
A l'instar des sonates de Soler ou de Scarlatti ses pièces pour clavecin sont de petits chefs-d'oeuvres gradués en difficulté, véritables miniatures musicales d'une richesse interprétative et technique inépuisables.


Ces pièces ont été regroupées en Livres, eux mêmes divisés en Ordres, lesquels contiennent un nombre variable de pièces écrites dans des tonalités différentes.

Couperin avait coutume de dire

 "J'aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend"

Voici deux des oeuvres qui me touchent encore et toujours chez ce compositeur.

La première, les célèbrissimes Barricades Mystérieuses, est d'une écriture très bien ficelée...

Mystérieuse pourquoi? Tout simplement parce que la ligne mélodique va être très judicieusement répartie entre main droite et main gauche, demandant à l'interprète de peser sur certaines notes, d'en alléger d'autres, le tout sur chacune des deux mains et en permanence à contretemps...

La basse (ce que joue la main gauche) est écrite dans un registre très grave pour l'époque. Elle se répète à l'identique tout du long du morceau, constituant ce qu'on nomme un ostinato.
Cette répétition va conférer à l'oeuvre une forme circulaire hypnotisante dans laquelle le refrain vient jusqu'au bout, avec ses ornements légers, contredire les couplets plus interrogatifs.



dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-06_Sixieme_Ordre__V_Les_Baricades_Misterieuses_Vivement.mp3&


La seconde porte comme souvent chez Couperin un titre très figuratif. La main droite y déroule implacablement ses batteries régulières tandis que la main gauche la croisant sans cesse joue une mélodie en rondeau.

Tic Toc Choc!

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-07_extraits_18e_Ordre_3e_Livre__Tic-Toc-Choc.mp3&



Watteau_cousines.jpg


Enfin pour clore cette promenade chez ce compositeur dont Debussy disait qu'il entendait chez lui " La tendre mélancolie, l'adorable écho venu du fond mystérieux des paysages où s’attristent les personnages de Watteau " :

Allemande fuguée du second Concert.


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/08_Second_Concert__Allemande_Fuguee_-_Gayement_Couperin.mp3&


Le grand Corelli ne l'aurait pas reniée...







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commentaires

Corinne 04/03/2010 00:22


Et toujours de sublimes toiles, de belles voix et des oeuvres émouvantes...


Russalka 04/03/2010 11:26


Plaisir de composer ces articles puisque le plaisir du lecteur est présent
Merci et bises à toi et ta tribu


Valentine :0056: 03/03/2010 18:18


En réécoutant ta version, je la trouve trop rapide et le rythme "brisé" (croche pointée-double au lieu de deux croches) me donne cette impression d'instabilité, car
il ne se trouve pas dans les autres enregistrements : c'est un ajout de la mode actuelle.


Russalka 04/03/2010 11:16


Ce que l'on nomme rythme pointé est en effet une des exigences que se donnent les musiciens baroques . Cela d'ailleurs rentre tout à
fait dans la philosophie de cette période ( barroco signifie perle bosselé, irrégulière)
Je crois que les interprètes qui ont fait le choix de ces interprétations fidèles au style l'ont fait en s'appuyant sur nombre de textes théoriques sérieux, et donc ce n'est pas du tout un effet de
mode mais un juste retour aux sources. mais on peut ne pas aimer et préférer des interprétations plus "stables " plus classiques, Chacun trouve son bonheur et c'est bien. Par exemple dans la
musique de clavecin, que j'adore, il peut m'arriver d'être fatiguée s'il y a trop de silences d'articulation, trop d'ornementation...

Merci Valentine de ce partage!


Valentine :0056: 03/03/2010 18:14


Tu seras surprise d'apprendre que maintenant j'ai acquis en CD l'enregistrement des Leçons de Ténèbres paru chez "musique d'abord", avec Alfred Deller
(contre-ténor) et Philippe Todd (ténor), plus Michel Chapuis à l'orgue. Et finalement, j'aime bien. C'est à la fois "soutenu" et moins théâtral, plus épuré. En effet, le disque Erato finissait
toujours par me fatiguer, et il y avait un peu de maniérisme dans les voix. Par contre j'ai l'impression qu'ils chantent à l'octave au-dessous. Mais
justement ce n'est pas gênant.


Russalka 04/03/2010 11:10



J'aime beaucoup cette version de Deller, qui a contribué d'ailleurs à la gravure d'autres tres belles versions avec haute contre.
Et cela ne me surprend pas du tout, ta curiosité pour tout ce qui se rapporte à la musique n'est pas une nouveauté
Je chercherai sur la toile l'autre version que 'jaime bien avec haute contre
rien que pour faire une petite comparaison
Bises et merci!


O 03/03/2010 17:27


C'est un vrai bonheur de te lire et d'écouter.Bises


Russalka 04/03/2010 11:01



Merci O. c'est gentil d'avoir écouté (sourire)
je suis au jardin en ce moment donc le blog en prend un coup
mais Icare mûrit...



Valentine :0056: 02/03/2010 14:51


Merci de me rendre cette interprétation que j'aime vraiment par-dessus toutes ! J'ai dû faire erreur en effet sur la soprane, c'est le microsillon que j'ai laissé
chez Robert et dont je me suis nourrie des années durant, jusqu'à mon départ de cette maison. Il est possible que l'on s'attache à un style de façon "affective", et qu'ensuite on ne puisse revenir
sur ce choix. Oui, c'est peut-être "théâtral", ou alors cela vient de la prise de son, mais les voix sont beaucoup plus soutenues, c'est cela aussi que je voulais dire, ce qui rend la mélodie mieux
liée, plus "enveloppante" dans ses superbes volutes.


Russalka 03/03/2010 09:56


Je crois qu'il y a plusieurs interprétations de Janine Collard avec des sopranes différentes à chaque fois.
C'est le prodige d'internet: en cherchant bien on finit toujours par trouver ;o)
Je ne sais pas si les voix sont plus soutenies, il faut beaucoup de soutien aussi pour chanter avec légèreté, ce qui est sûr est que chacun peut trouver dans la discographie de quoi nourrir son
plaisir. Ensuite, on réagit en fonction de ce que 'on est comme corps de résonance, bien au-delà de toute explication rationnelle. Je préfère le timbre de mes chanteuses à celui des autres, et cela
ne s'explique pas, sans doute
Bises Valentine et merci de tes précisions, je suis contente d'avoir retrouvé cette version que tu aimes...


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