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Musique de la semaine

Arundo Donax

4 octobre 2007 4 04 /10 /octobre /2007 18:20
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Pourquoi cette heure-là plutôt qu’une autre ?

Parce qu’elle était turquoise et que nous l’attendions.
Au loin, la plaine filait depuis la veille cette couleur tant espérée,
creusée d’un soleil presque blanc et aussi fragile que la peau d’un nouveau-né.

Tout près, une colline aux
maisons mortes
que tentaient d’escalader les lichens.
Depuis combien de temps m’étais-je emprisonné derrière cette clôture ?

Je ne sais.
J’en avais perdu jusqu’au sens des odeurs que l’on porte,
des rumeurs que l’on danse avec cette cruauté
dont seuls étaient capables les hommes.
Ou ceux qui les avaient exterminés.

Il y avait cette colline blottie au Silence.
Déjà quelques heures que le sol ne grondait plus de leurs pas pesants.
Les champs de bataille et de dévoration  s’étaient tus.
J’imaginais sans peine ce que devait ressentir la Terre.
L’accalmie toute proche
comme lorsque sur la tempe s’ouvre enfin
la forteresse de la douleur.
La lumière annoncée au-dessus de la débâcle.
Les mots qui retrouvent du courage avant de s’envoler.

Il y avait cet oiseau enfermé dans l’une des maisons mortes.
Avant de m’enrouler solidement autour des bois de la haie
j’avais pris soin de claquer les volets afin qu’il dorme
et ne soit point tenté de chanter à l’annonce du premier grain de jour.

Nous n’avions pas eu le temps de comprendre,
juste de battre en retraite.
Ils étaient vastes comme une famine.

C’était le soir de Noël, quelques semaines auparavant.

La Terre ce soir-là était noire et lumineuse à la fois,
non pas de ces lumières clinquantes du lointain passé
qui englobaient les villes et les villages sous leur coupoles vulgaires,
non,
lumineuse de milliards d’humbles bougies posées au bord des fenêtres
ou à l’entrée des cases.

Des années que les humains s’éclairaient à nouveau à la bougie
que leurs cadeaux ressemblaient à ceux des siècles qui avaient précédé l'Ere de Débauche:
de beaux fruits secs,
des chaussons cousus avec tendresse par quelque ancien,
des chants partagés autour du feu.

On ne les avait pas entendu venir.
Depuis longtemps
les habitants de la planète ne se souciaient plus guère de ce qui se passait ailleurs dans le cosmos,
il fallait survivre, cela occupait bien assez.
Ils avaient commencé par piétiner les flammes avec une sorte de joie.
Puis ce fut la fin.
Je ne les ai pas vus,
le bruit de ferraille qui mordait sur les cris des hommes des bêtes
et des arbres avait suffi à me mettre en fuite.

Je n’ai jamais été très courageux.
Il m’a suivi, l’oiseau.
Nous nous sommes terrés là, dans la colline aux maisons mortes.

Au fur et à mesure de leur digestion du monde une vapeur noire s’élevait, rongeant jusqu’au dernier recoin de ce ciel Turquoise qui s’était tricoté autour de la Terre depuis les temps de Paix, grignotant le moindre repli du sol, aplatissant les montagnes, avalant les cours d’eau.

Je savais, pour l’avoir colporté dans mes divagations de vent, que la réapparition de cette nuance délicate signifierait leur fin.
Je savais pour l’avoir lu dans de vieux livres que ce type d’envahisseurs, aussi puissants et destructeurs soient-ils, ne résiste pas à ses propres excès.
Les miasmes qui flottaient au-dessus de leurs organismes étaient lentement en train de les anéantir, au point qu'ils ne métabolisaient même plus leur crasse.
Et la peur de leur propre destruction, en un sursaut de sottise,
les faisait s’entredévorer.

Il ne restait que cette colline qui narguait leurs convoitises,
avec son puits qui s’enfonçait profond vers une source tue jusqu’alors
et ses lichens têtus brodés à même la roche.
Et sous les pattes et dans les plumes de l’oiseau tous les pollens,
toutes les cellules, tous les gènes amassés au cours de ses haltes ici ou là.
Il ne restait que cette houle qui naissait sous l’écorce de la Terre,
l’envie qu’elle éprouvait déjà
sous la chaleur tiède d’un soleil encore pâle
de se doter de reliefs
pour enfouir ceux de ce détestable repas pris à ses dépens.

Pourquoi cette heure- là plutôt qu’une autre ?
Parce qu’elle était turquoise et que
nous l'attendions.
Je suis sorti de mes barricades
Ai fait claquer les volets

L’oiseau s’est réveillé
a chanté à crever le plafond des dernières fumeroles.

Lui et moi nous sommes envolés
emportant avec nous des graines à confier au hasard
déjà nous soulevions la poussière des décombres
et déjà des gouttes de rosée se faisaient un chemin
entre les carcasses de métal autour desquelles la Terre
s'ourlait majestueuse.

Faisant le tour du lieu il m'a semblé voir
courant sur le sol sous le sol et dans l'air
des brumes étranges
comme des chairs très étirées
elles se sont rassemblées
pour former une main
sans doute ai-je rêvé
on ne peut pas tout tuer ici
ni les oiseaux
ni les âmes
ni le vent...




Photo extraite du blog de Coumarine
Paroles Plurielles
travaillée par Alainx



Largo
de la symphonie du Nouveau Monde
Dvorak




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publié par Viviane Lamarlère - dans Contes et légendes
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commentaires

Katagena 21/08/2009 15:22

J'aime beaucoup...

Russalka 23/08/2009 09:26


Merci katagena ;o)


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