L'auteur


bretagne-aout-2009 0053

Sceau1.gif
Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
contes, cuisine, philosophie, défense et promotion de la laïcité


anti_b

Musique de la semaine

Arundo Donax

12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 11:11




Quand j'étais petite
à cet âge où on a peur du vent qui souffle peur de tomber en arrière
d'être mangée par l'escalier
il n'y avait que du vrai lait vendu en bouteilles de verre consigné
- en Afrique peut-être du lait de zébu -
et en France c'est mon grand-père qui allait chaque matin
le chercher chez le voisin dans des grands bidons en aluminium
( avec lesquels maintenant on fait des vases très à la mode )

Du vrai lait au goût très puissant
même lorsque ce n'était qu'une vache autochtone
musique de noir sur blanc
et cornes pas trop envahissantes

Je l'aimais bouillu
comme disaient mes grands-parents
bouillu-foutu
ce n'était pas très important
car ce qui m'intéressait
dans le lait
ce n'était ni son goût
ni sa couleur que je tranchais de chocolat
ni son épaisseur jamais retrouvée dans les packs de faux lait d'aujourd'hui
sauf lorsque je propose un chocolat maison à mes filles
(cacao + jaune d'oeuf + sucre + lait à cuire doucement)

Je l'aimais bouillu
pour sa peau
innocente peau
j'avais idée que cette peau séparait l'esprit de la matière
du lait
la matière c'était ce que je buvais
l'esprit ce qui s'envolait de parfums et d'humide en volutes du bol
j'étais toujours étonnée
et le suis restée
que d'un liquide coloré à ce point s'échappe à chaque fois le même type de vapeur fumée mais sans teinte en rapport avec son origine
toutes les âmes sont identiques

Ce que je préférais dans cette peau
outre le fait qu'elle était séparation de deux univers sans preuve
c'était sa soumission à ma méchanceté
je prenais tout mon temps
c'est difficile de trouver un angle d'attaque dans le cercle du bol
alors je l'attaquais par le milieu
quelle réjouissance pour un général d'encercler sa victime en la prenant en plein centre!

Quand la perçure s'engorgeait de liquide
cela dessinait comme un soleil de plâtre
oh quelle magie
il ne me restait alors
du bout de la cuiller
qu'à plisser doucement cette peau
ramener ses rides en son centre et la voir s'effondrer sous son poids
pour finir
se noyer

Je la repéchais alors
on ne sais pas de quelle manière étrange s'exprime au fond de soi le grand désir de mort
d'autrui
quel qu'il soit

Comme je ne pouvais tuer personne
- mes flèches n'étaient jamais sèches et trop peur de les abîmer au contact de certaines mauvaises victimes -
je forçais à vieillir sous mes yeux
cette peau innocente
et le temps


Partager cet article

Repost 0
publié par Viviane Lamarlère - dans autobiographique
commenter cet article

commentaires

aimela 01/06/2009 10:34

J'aime le lait sous toutes ces formes ,  frais, bouillu en fromage, en crême, en beurre    et lorsqu'on allait à la ferme  boire du lait sorti tout chaud des pis quel régal ce n'est plus le même aujourd'hui malheureusement et plus tellement de cette peau qu'on pouvait jouer avec et qu'on avalait à la fin , douce au palais  et dans la gorge. oui j'aime le lait

Russalka 02/06/2009 20:05


Oh quel régal ton commentaire, une vraie gourmandise (sourire)
j'adore quand les souvenirs sont ainsi partagés
n'est ce pas que la peau du lait c'est une merveille?
merci Aimela, je viendrai te lire tout à lheure ou demain soir car nous somme sur le départ de Mathilde en Espagne ;o))


Valentine :0056: 16/12/2007 22:01

Eh bien moi j'avais horreur du lait bouilli, à cause de son goût écoeurant, et surtout à cause de la peau qui se cassait et formait des morceaux qui s'accrochaient à ma bouche et à ma gorge pour me provoquer d'horribles hauts-le-coeur. Autant mon frère que moi nous faisions une comédie à notre mère pour qu'il n'y ait aucune trace de peau dans notre lait, que nous passions toujours soigneusement avant de le goûter. Et depuis que j'ai découvert le lait de soja, j'ai totalement rayé le lait de mon alimentation...Cela dit, lorsque j'ai campé près de fermes, j'ai aimé le lait frais tiré de la vache...

Russalka 17/12/2007 09:13

C'est marrant aprce que dans ma famille c'était pareil et j'étais la seule à l'aimer.d'ailleurs, aujourd'hui, quand je fais des crèmes anglaises, je me réserve toujours le dessus, quand une peau s'est formée au refroidissement, c'est ma seule gourmandise je laisse le reste aux autres ;o)) Merci de ce partage Valentine

Mes radios

France Culture le player en direct

Et dis,si on...

Ma page Facebook