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Musique de la semaine

Arundo Donax

24 septembre 2007 1 24 /09 /septembre /2007 15:53

Ma grand-mère était donc une femme d’ordre. Je n’ai cependant pas gardé d’elle le souvenir d’une femme d’autorité. Elle parlait peu et semblait à longueur de temps perdue dans un autre rêve. Son silence était pour nous à la fois un étonnement et une source. Nous en rêvions tous depuis notre Afrique.

Je n’ai vraiment fait connaissance avec elle que lorsque, mon grand père étant décédé, nos parents la placèrent en maison de retraite. Elle se laissa aller plus facilement à se raconter, ne nous cachant pas l’immense souffrance que cela avait été pour leur couple de devoir affronter au quotidien le tempérament très précocement agressif de leur fille.
Ma demi-soeur, M., qui fut dès la naissance élevée par notre grand-mère, m’en parlait souvent  avec tendresse. Il lui en avait fallu pour cacher à cette toute petite fille les fréquentations douteuses, les visites de messieurs qui changeaient souvent, la violence verbale et physique récurrente. Et je lisais avec tristesse sur les joues de cette vieille dame les traces coulées dans sa solitude de mère qui n’était jamais parvenue à comprendre, se faire entendre ou aimer.

Ma grand-mère était une confiturière de premier plan ! Ah…  Ses confitures de groseille mêlées de cassis, dont je cherche en vain à retrouver le goût et la texture dans tous les pots et toutes les marques, allant même jusqu’à faire des mélanges qui n’approchent que de loin mes souvenirs. Elle les tenait cachées dans un placard situé au fond de la maison mais à hauteur de petite fille.

J’éprouvais une peur bleue à l’idée de me rendre tout au bout de cet affreux couloir. J’y sentais une vie glaciale, fantomatique, et pour tout dire je ne m’y rendais – et jusqu’à un âge avancé – qu’accompagnée de mon nounours. Aujourd'hui je réalise que ces peurs me distrayaient de frayeurs bien plus étouffantes, même, qu'elles me furent salutaires.
Mais quelle récompense à la découverte du stock magnifique : gelée de pommes, de groseille, confiture de tomates ou d’abricots. Il ne fallait pas y toucher, et je crois que je ne m’y rendais que pour me rassurer sur d’éventuels jours de disette. Seule Mémé avait le droit de sortir les pots du placard. Elle le faisait de façon très solennelle, comme tous ceux qui ont un jour crevé de faim. Rien ne l’irritait davantage que le mépris de la nourriture, le pain posé à l’envers, les carcasses de volailles plaines de lambeaux de chair.  Voir nos parents nourrir chaque jour leurs chiens de bavette ou pot-au-feu quand elle et son mari tout au long de l’année réservaient la viande rouge aux grandes occasions ( qui devaient être rares, vu leur isolement au cœur des Landes )  voir cela lui donnait des sortes de jaunisses que sa peau trahissait si son regard toujours baissé avait réussi à cacher l'indignation.

Terrible insolence de ma mère qui a toujours préféré ses chiens à quiconque. Un jour de grande chaleur, mon mari demanda la permission, qui lui fut refusée, de laisser nos enfants faire un plongeon dans la piscine. Avec un enjouement qui nous convainquit de décamper, elle passa la demi-heure suivante à rafraîchir ses cinq bergers belges au jet d’eau sous nos yeux déconfits…

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publié par Viviane Lamarlère - dans voyages de l'âme
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