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Musique de la semaine

Arundo Donax

19 septembre 2007 3 19 /09 /septembre /2007 15:22


Décembre 1993, je me suis réveillée un matin avec de drôles de sensations dans les mains, des fourmillements dans les jambes, je me suis mise à loucher, puis en quelques jours à trembler des mains et du tronc, éprouver de la peine à marcher, perdre l’équilibre, ne plus pouvoir aller droit.
Les douleurs dans les jambes étaient insupportables. Imaginez la dernière fois où vous vous êtes pincé un doigt dans une porte et que cette douleur là occupe, de l’intérieur, la totalité des jambes, accompagnée de sensations de brûlures sur la peau. La poussée évolua très vite vers une aggravation ; surdité transitoire, perte de vision, scotome central, chutes de plus en plus fréquentes et j’en passe.

Sclérose en plaques.
Fort heureusement réagissant très bien au traitement.

Durant toutes ces années où je faisais en sorte que la maladie n’entre pas à la maison pour que mes enfants aient une maman comme les autres, pour que mon mari ait une épouse comme les autres, je n’ai pas reçu ne serait-ce qu’une seule fois un mot de compassion de mes parents.

La dernière fois que j’ai vu mon père vivant remonte à février 96. Ils avaient débarqué à la maison sans s’annoncer alors que depuis que le diagnostic avait été porté je n’en avais aucune nouvelle.
A peine installés au salon, j’eus droit au déballage apéritif de récriminations relatives à mes frères et sœurs. Je sentais papa mal à l’aise et perplexe. Il essaya de me persuader que je faisais un peu de dépression. Mais son attention fut rapidement noyée sous la logorrhée vindicative de sa moitiéet au bout d’une heure de ce cinéma, je les mis à la porte.
Les derniers mots de mon père en partant ont été «  Si tu as une maladie neurologique, on n’a qu’à te donner de la strychnine B12, cela marche sur les chiens paralysés de l’arrière-train, ça peut bien marcher sur toi. Et de toutes façons, quoi que tu aies, ton espérance de vie est meilleure que la mienne ».

Le soir même je faisais une nouvelle poussée.
Je n’ai revu mon père que sur son lit de mort.


Mon père venait de revenir dans le corbillard. Nous l’avions précédé de peu. Il avait fallu que Pierre-Mi se batte pour qu’il puisse reposer chez lui, ma mère craignant que la présence de son cadavre ne perturbe ses clébards.
Il était à peine installé que N… se précipitait pour le voir. Pauvre N… défaite et qui a repris sa liberté depuis en s’éloignant définitivement de sa mère. Puissé-je un jour trouver cette force-là sans remords.

Ah si vous aviez vu ma mère qui habituellement marche avec difficulté se diriger au pas de course en hurlant à la cantonade qu’il n’était pas question, maintenant que papa était mort, de laisser N… la voler. Et de fermer avec ostentation les portes des chambres, des placards, au cas - où… Il y avait là des cousins, le maire du village, les employés des pompes funèbres. Atterrés. Pauvre N… Une rescapée elle aussi.

Elle avait trois ans quand ma mère est tombée malade. Une algodystropie réflexe.

Rapatriée en France, ma mère était comme une enfant qui s’abandonne. Nous avions respectivement I… et moi 8 et 10 ans. Je faisais mes études par correspondance et m’occupait vaguement de celles de ma sœur cadette. Il nous fallait en prime donner la becquée à notre mère qui restait allongée toute la journée, aider nos grands-parents à tenir la maison. Notre soeur aînée faisait ses études à Pau et ne revenait que le dimanche.Triste atmosphère dont le souvenir me colle  à la moindre parcelle de peau.

N… et P.-M… étaient restés en Afrique. C’était Boniface, notre boy qui s’en occupait. Nous avions laissé N… anorexique. Il suffisait que notre mère passe à côté d’elle pour qu’elle vomisse. Notre mère ne cessait de répéter en sa présence qu’elle était le fruit d’un viol. Je ne sais ce qu’une enfant de cet âge là peut comprendre aux aléas de la vie sexuelle de ses parents, mais d’une manière ou d’une autre, elle entendait ce qui se cachait de non désir, de non amour, de forçage et de rejet depuis sa conception.
Les photos qui nous restent d’elle à cette époque la feraient passer pour un enfant sortant d’un camp de concentration. Elle avait de magnifiques yeux verts virant au violet parfois, très tristes, dans un petit visage pointu et des cheveux auburn qui se faisaient rares.
Le neuropsychiatre qui avait examiné ma mère lui avait expliqué qu’elle devait rentrer en France se faire soigner et laisser cette petite fille avec son papa, qu’elle irait mieux.

Elle nous est revenue six mois plus tard toute belle, toute ronde.
A peine en contact avec notre mère, N… se remit à vomir. Elle n’acceptait aucune nourriture de sa génitrice et nous n’étions pas trop de ses trois sœurs et ma grand-mère pour lui donner à manger en cachette, naturellement des aliments qui n'étaient pas très équilibrés, avec toujours la peur au ventre de nous faire surprendre. Quelle claque pour notre mère si elle avait constaté que toutes ses filles et sa propre mère se mobilisaient pour pallier son incompétence.

N… a petit à petit trouvé un modus vivendi. Ne mangeant que des sucreries et de la viande, refusant obstinément les salades et laitages, elle est devenue obèse. Sa mère se faisait une joie de voir enfin sa jolie poupée accepter ces mêts fort peu équilibrée mais qui évitaient à la famille bien des querelles saignantes sur les caprices alimentaires de cette pauvre gosse dont je me dis aujourd'hui que dans sa petite tête de bébé, elle avait trouvé le compromis acceptable à l'équilibre familial dont elle était un pilier encore en vie.

Longtemps instable dans sa vie affective et se réfugiant dans des amitiés féminines, elle se faisait en public régulièrement traiter de «  petite lesbienne «  par ma mère, jamais à court d’idée sur le cul des autres.


suite




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publié par Viviane Lamarlère - dans voyages de l'âme
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