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Musique de la semaine

Arundo Donax

18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 07:10



" Paix, là, Messieurs! Il faut icy garder silence et donner audience à la voix,comme l'Ambassadeur de nos âmes." Etienne Binet





Salle des Caryatides du Musée du Louvre

 de Jean Goujon


 sculpteur et architecte contemporain de Janequin


Nous sommes en 1546. François 1er fait abattre la grosse tour de l'ancienne forteresse
du Louvre qui ne surveille plus aucune invasion. Ci-dessous le Louvre médiéval tel que représenté dans les Très riches heures du Duc de Berry:




Le Roi demande à  Pierre Lescot  de transformer ce bâtiment en résidence royale.
Sous le règne de Henri II, Lescot sera aidé de Jean Goujon pour prolonger vers l'ouest le palais du Louvre.

Qui a médité des heures sous ces murs devine l'altitude esthétique de ces temps-là mais aussi la force et le génie humain anonymes broyés pour le désir d'un prince...




C'est dans ce climat de jubilation créatrice qu'a vécu Clément Janequin.
Encore un compositeur qui jouit en son temps et dans toute l'Europe d'une " fama " qui ne s'est pas démentie de nos jours.


Né à Châtellerault vers 1485, mort à Paris en 1558,  le jeune Clément découvrit sa vocation comme choriste dans la maîtrise de sa ville. Les églises et cathédrales étaient les équivalents de nos conservatoires de musique et son éducation dut y être si exemplaire qu'il rentra au service de Louis de Ronsard, père du poète. Surtout, les villes de France et bien sûr de Gascogne où s'exerça longtemps et de manière itinérante ce  Parisien d'adoption tardive étaient fort souvent occupées de tréteaux où se donnaient des farces aux personnages pittoresques, telle ce Gentilhomme et Naudet, qui exprime dans une langue bien vigoureuse les préoccupations des hommes et des femmes de ce temps. En suivant le lien vers cette pièce vous pourrez, passée sa présentation, la lire, elle est délicieuse.

Les allusions à l'amour charnel y étaient bien moins entourées de précautions que dans la chanson courtoise et leur gauloiserie leur valait  le mépris ostensible des rhéteurs, poètes et auteurs officiels, hors Rabelais, Montaigne et surtout l'immense Clément Marot qui sera le parolier attitré de Claudien de Sermisy
.

Cette époque autorisait tous les emprunts, toutes les joutes joyeuses et amicales, tous les registres: élégiaques, narratifs, blasphématoires, satirique, rustique, amoureux, paillard. Nul n'en était choqué et surtout pas le Roi, qui reçut de Sermisy quelques vers bien troussés: " Tel que je vois Sire, s'il a mangé cent estrons, il ne s'en fera que rire".

Janequin y excella: presque 300 chansons profanes dont une grande partie fort coquines qui seront publiées par Pierre Attaingnant entre 1520 et 1540, 150 chansons spirituelles,  un motet et, sur la fin de sa vie, quelques psaumes inspirés du psautier huguenot. Vous trouverez ici une biographie de ce prêtre musicien à la nature nomade et querelleuse dont on sait ma foi peu de choses si ce n'est son ambition de réussite et son aptitude naturelle à glisser ses pas dans ceux des grands de ce monde...




Le Chant des oiseaux ( le lien conduit à la partition intégrale), pièce magistrale à quatre voix et en quatre parties peut être lu et surtout écouté de plusieurs manières et d'ailleurs le compositeur nous en avertit lui même d'entrée:

Pour vous mettre hors d'émoi  destoupez  ( débouchez  ) vos oreilles.

Autrement dit, sauf à se rendre droit au sens caché  en ouvrant les oreilles, nous risquons de prime abord d'être émus, choqués. Qu'est-ce qui nous attend?

- Une explosion ornithologique, Janequin jonglant en virtuose avec les onomatopées imitatrices citant tour à tour la petite grive ( roy mauvis) le merle, l'étourneau, le sansonnet, le rossignol, le coucou. Les chansons reproduisant  celui de nos amis ailés étaient chose courante en ce XVème siècle aussi bien en France qu'en Italie avec la caccia et Pierre Belon, dans son Histoire de la nature des oyseaux, ( pour les amoureux de livres anciens, la version originale mise en ligne ), Pierre Belon donc témoigne du caractère érotique de ces chansons populaires tout en rendant hommage à celui qui aura le mieux su imiter et magnifier leur chant, notre querelleux Clément.

- Une invitation à l'amour bien de saison en ce mois de May à travers un vocabulaire sans ambiguité et le jeu des assonances. J'ai vérifié l'origine des mots relatifs à l'amour charnel, ils sont tous antérieurs à Janequin qui par ailleurs était plutôt porté sur la chanson érotique. Ces phrases prennent tout leur sens coquin lorsqu'elles sont écoutées plutôt que lues. Voici le texte original tel que publié chez Pierre Attaingnant en 1528.


Vous interpréterez vous-même certains de ces vers ou certaines sonorités évocatrices( répétition de la phonème vi ) . Juste quelques précisions.

Le vers " Le petit mignon, saincte teste dieu " est à double sens.

Un mignon est au XVème un amant (et pas seulement un favori efféminé)  et on entend: " Le petit mignon, sein te tête d'yeux " . 

Le vers " Il est temps temps temps au sermon ma maîtresse " ( tends tends tends ô serre mon... ma maîtresse) est suivi à plusieurs reprise du mot saint qui phoniquement appelle le mot sein, les mots coquette désignent une galante, le verbe caquetter signifie se pavaner.

" A saint trotin voir saint robin " est un vers énigmatique, trotin désignant  les pieds d'une personne, robin un homme de robe. De toute évidence un conseil de prudence et de discrétion: l'apparition de certains pieds laisse présager de la robe qui suit...

" Montrer le tétin, le doux musequin " est sans ambiguité. ( Accessoirement la muse était la période du rut du Cerf)

" Rire et gaudir ( jouir) c'est mon devis ", là encore sonorité allusive.

Le Fouquet était un jeu en vogue à la fin du Moyen âge, en relation avec le feu. Rabelais en fait mention dans son Gargantua mais on sait aussi que le mot fol a été remplacé progressivement par le mot fou entre le XIème et le XVème siècle. La répétition du mot Fouquet finit par donner une inversion signifiante: Qu'est fou qu'est fou qu'est fou... Folie amoureuse? Ou allusion au tarot alchimique?
( suivez ce lien qui décortique Rabelais) Nous y reviendrons.
Cela n'a jamais été fait à ma connaissance mais la lecture à l'envers de certaines répétitions et juxtapositions de phrases réserve bien des surprises.


Le délicieux " Arrière maître coqu " ( coucou, prononcé cocu ) peut se lire aussi bien comme une menace à cet oiseau qui niche dans les nids des autres que comme ... comme vous l'entendez ;o)
La répétition coqu accelerando est elle aussi très allusive.

Mais on peut essayer

- Une troisième lecture, alchimique cette fois ci, et point aussi satirique que ce Concert dans l'Oeuf de Jérome Bosch



L'oiseau étant le volatile qu'il faut fixer.
La grive ( le roy mauvis) symbolise le commencement du voyage de l'âme.

Le Merle, oiseau noir ( comme l'Oeuvre alchimique du même nom ) et oiseau siffleur par excellence évoque le sifflement de tout métal porté au rouge.
En outre le mot se décompose ainsi : Mère ( Atahanor ou Mère de la pierre) traversé par la lettre L qui symbolise la foudre divine.

Les étourneaux donnaient leur nom  aux alchimistes se rendant de nuit en petits groupes à leurs réunions pas tout à fait secrètes

Le rossignol, oiseau des amours est aussi le symbole de la langue des oiseaux utilisée par les alchimistes, signifiant eros signal

Le reversement du mot Fouquet en " Qu'est Fou " indique-t-il que Janequin se comptait parmi les Alchimistes de son temps? On sait que le Fou (ou le Mat) dans le tarot, introduit en Europe en 1470,  indique celui qui a accompli le grand oeuvre.


La construction en quatre parties pourrait désigner les quatre temps de l'oeuvre alchimique:

Réveillez-vous coeurs endormis: purification
Vous serez tous en joie mis: Dissolution du sujet jusqu'à ce que ne reste que l'universel ( tous)
Rossignol du bois joli... Hors de nuit: solidification par l'amour vers l'aurification.
Fuyez fuyez pleurs et soucis: combinaison nouvelle, l'état initial étant enfui.

Précisons que selon Michela Pereira, " Dès le milieu du XIVe siècle, l'art  alchimique a connu quelques changements majeurs, qui touchent à son statut épistémologique ainsi qu'à ses stratégies rhétoriques. C'est justement à ceux-ci que se rattache, dans l'iconographie de l'alchimie, l'apparition de l'image du cœur. Encore faut-il préciser que cette image n'est pas à ranger parmi les métaphores d'origine biologique ou médicale, que l'on trouve employées dans les textes contemporains sur l'élixir, afin de représenter les procédés de l'opus. Le cœur illustré dans le cycle de l'Aurora Consurgens est plutôt le symbole de la quintessence, principe occulte qui gît à l'intérieur de la matière dont il est le centre vivifiant: dans cette qualité, il se situe à l'origine aussi bien des processus qui président à la formation naturelle des corps, que des moyens qui rendent possible leur transformation alchimique . "

On voit donc l'importance du mot coeur... au coeur de ce poème.


Le dernier couplet, très véhément dans ses répétitions recto-tono comme le sont les cris de certains oiseaux lorsque l'on dérange leurs occupations, s'en prend aux coucous.
S'agit-il de ces hommes de robe trompeurs dont on devine le trotin sous le robin, traîtres à un savoir séculaire obligé de se cacher pour survivre ?
On entend bien que Janequin, qui était un grand procédurier et qui mourut pauvre  à force de procès contre son frère,  désigne ici une ou quelques personnes qui tiennent mal leur chapître et pondent leurs oeufs ( philosophaux) sans qu'on le leur ait demandé.

La cour de François 1er, quoique celui-ci ait pris pour emblème la salamandre, ne s'entourait pas d'alchimistes et de mages. Pourtant ces derniers étaient très présents dans Paris, comme en témoigne cet ouvrage de  Zecaire en 1560.
 
Alors...? Apologie de l'Alchimie ou tout au contraire, et sous des dehors qui lui empruntent la symbolique et la forme, charge virulente contre certains prêtres traîtres à leur foi et qui versent dans une quête que réprouve Janequin?
La probable conversion de Janequin sur la fin de sa vie à la religion huguenote, la tonalité générale de la chanson  et ce dernier paragraphe très violent font pencher vers la seconde hypothèse, et ce d'autant que selon le superbe dictionnaire de Godefroy mentionné plus haut relativement au fouquet, le mot " cocu " signifiait " cornu "  ( diable) et était associé au... chaudron.

Polyphonie subtile et construction rigoureuse, quasi mathématique avec cependant la légèreté et l'allant de la poésie, mises au service d'une polysémie extrêmement riche, voire cryptée mais dont l'élucidation reste hypothétique.
Je vous propose d'écouter cette oeuvre dans une première interprétation très classique  dont la pulsation très rigoureuse permet d'entendre - si vous m'autorisez de continuer dans le style grivois - les différentes parties et leurs frottements.
 
Le chant des Oyseaux

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/01LeChantDesOyseauxJanmp3.mp3&



La version de ce Chant par l'ensemble Clément Janequin.
la voix  nasillarde du sopraniste me vrille les oreilles mais bon...
Elle présente d'indéniables qualités d'approche esthétique et historique


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/01LechantdesoyseaulxM2.mp3&






Les chansons de Janequin furent souvent transcrites pour instruments seuls
voici donc la version instrumentale pour orchestre de


La bataille de Marignan

dont Noël du Fail écrivait:

" Quand l'on chantait la chanson de la guerre faite par Janequin pour le grand François, pour la victoire qu'il avait eue sur les Suisses, il n'y avait celui qui ne regardât si son épée tenait au fourreau, et qui ne se haussât sur ses orteils pour se rendre plus bragard et de la riche taille."


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/BatailleJan.mp3&



Par l'ensemble Clément Janequin
quelques extraits de chansons






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commentaires

elise 24/04/2009 22:43

Bonsoir Vivianne et merci pour la lecture enchanteresse, une louange d'amour ou une louange d'ivresse...le chant des oiseaux aux oreilles et au coeur du poète P.B shelley.D'oiseaux en oiselles j'ai relu Le chant de la Huppe conté par la Jouvencelle, Lieutenante des Oiseaux lors des Mille et une Nuits et  j'aimerai lire  Le Colloque des Oiseaux  de Farîd Ud Din Attar, de bien merveilleuses histoires...A Paris les Martinets ne devraient plus tarder, ce sont les seules oiseaux qui vont et qui viennent.Piou-piou !Et baiser Vivianne !

Russalka 25/04/2009 08:40



Quel délicieux voyage fait de haltes subtiles en divers lieux de l'écrit vous m'offrez là, Elise...
La conférence des oiseaux est une merveille, je ne peux que vous conseiller ce voyage initiatique.
Vous allez être étonnée, je n'ai jamais lu les Mille et une nuits. Pour des raisons de censure familiale très ... efficace
(sourire)
mais rien que ce nom " lieutenante des oiseaux" crée l'envie.
 
Contente de vous avoir enchantée avec cet enchanteur de Janequin, ce coquin fieffé qui tout robin qu'il fut, aimait forcément la
chair.
Chez nous, Monsieur Merle nourrit ses petits et siffle à qui mieux mieux, mais il y trouve compagnie de Milans, Buses, corneilles,
pinsons, chardonnerets, verdiers, accenteurs, roitelets, troglodytes, coucous, pies, rossignols, moineaux, piverts, étourneaux, mésanges de toutes espèces, huppées, bleues, longue queues ,
charbonnières, rouge gorge, rouge queue à front blanc, grimpereaux, sitelles... pas une seule hirondelle, pas un seul martinet. 
le matin c'est un régal!
Baiser à vous aussi Elise et merci de la visite toujours agréable



O; 24/04/2009 09:05

Tjours passuinnant de te lire.... et d'écouter.. quelle culture !Je t'embrassse

Russalka 24/04/2009 09:33


merci Orchis, c'est gentil... la culture souvent je me la construis au fur et à mesure (sourire)


Merlin 20/04/2009 21:46

Je trouve les deux derniers articles extraordinaires en ce qu'ils montrent bien comment et en quoi la musique de ces époques est à la croisée des chemins des arts et de la vie sociale qui suit son petit bonhomme de chemin.Je suis convaincu de deux choses :1) Cette musique est au départ au moins d'essence populaire et la veuze (vèze ou vesse suivant les lieux ou même la loure sont des instruments éminemment populaires et partout présents.Cette scène paysanne avec danses et joueur de veuze central est révélatrice des goûts musicaux et des danses qui s'appelent parfois la loure (comme le nom de l'instrument qui met tout le monde dans le vent...Puis, par le biais des colporteurs de musiques populaires, les villes de Flandre, du centre de France comme Paris mais aussi d'Allemagne sont touchées et des artistes talentueux comme Clément JANEQUIN s'en emparent, y ajoutent des percussions, célèbrent les victoires du roi François Ier, du vécu sur le terrain. Et puis, là, je sens déjà arriver Michel PRAETORIUS avec sa palette de danses et de musiques qui inspireront plus tard, dans une veine proche, des "mathématiciens de la musique" exceptionnels comme J-S BACH et bien d'autres à suivre...

Russalka 21/04/2009 15:32





Ton commentaire me comble, Jean-Pierre car il ouvre des perspectives jubilantes et tout à fait dans la ligne de ce que j'ai envie de
proposer relativement à l'histoire de la musique occidentale ( sachant comme je te l'ai dit par ailleurs que je ne laisserai pas de côté les autres musiques du monde mais en m'y attardant moins,
c'est affaire à chaque fois de spécialistes  et je connais bien moins la musique chinoise ou même africaine que celle d'Europe)

1) Cette musique est au départ au moins d'essence populaire et la veuze (vèze ou vesse suivant les lieux
ou même la loure sont des instruments éminemment populaires et partout présents.

Oui. On manque certes ( quoique ces toiles magnifiques que tu nous offres soient un témoignage des plus parlants, je regarde le
détail, c'est somptueux... ) , de traces écrites témoignant de la présence de cette musique.  Mais on possède des documents qui, s'ils ne sont pas des partitions, nous disent que la musique
était bien vivante dans nos campagnes et dans les milieux dits populaires:`

- les instruments eux-mêmes que sont ceux que tu cites ( toute l'immense famille des cornemuses ) et les vielles à roue. Mais
également toutes les flutes, flageolets, fifres et tambourins qui sont les instruments sonnants que réclamaient les princes pour les accueillir lorsqu'ils rentraient dans une
ville.

- Le mode d'exercice des instrumentistes professionnels d'alors dont on a de sérieuses raison de croire qu'il était bien plus proche
de l'improvisation sans partition autour de thèmes connus ( donc de la pratique populaire) que de la reproduction d'un texte tel qu'on la connaît aujourd'hui ( sauf dans le
jazz)

- les inventaires après décès que l'on retrouve dans les archives municipales aussi bien en France qu'en Italie et qui témoignent de
la transmission d' un important patrimoine en instruments musicaux, fort différent selon les classes sociales. Instruments de peau ( veuze etc) , percussions, panoplie de flutes dans les couches
paysannes et populaires, instruments de cuivre chez les musiciens professionnels, épinettes et instruments à cordes dans la bourgeoisie et chez les " grands de ce monde". Avec cette exception
d'une sorte de violon qui était aussi bien joué dans les villages que dans les salons.

On méconnaît l'importance des danses villageoises dans la genèse des suites de danses. Et l'on doit aux éditeurs français comme
Attaingnant ou flamands comme Susato ( plutôt rhénan mais bon...) d'avoir littéralement collecté et orchestré eux-mêmes des danses populaires dans toute la France et toutes les Flandres  en
les classant par couples danse noble et lente- danse rapide et populaire. Ainsi de la pavane suivie de la gaillarde, le passepied suivi du bransle, la passacaille suivie de la
loure ou du tourdion.
Il y avait chez ces éditeurs une envie de musique et une ouverture d'esprit, une connaissance des potentialités de cette musique non
écrite qui lui a permis de survivre jusqu'aux bourrées et siciliennes de Bach. Et puis Paris et les Flandres accueillaient aussi bien la musique du Nord de la France que la leur et... celle
d'Espagne et d'Italie! Quel creuset!

Cette scène paysanne avec danses et joueur de veuze central est révélatrice des goûts musicaux et des danses qui s'appelent parfois la
loure (comme le nom de l'instrument qui met tout le monde dans le vent...

Tout à fait, la musique et son omni présence sur ces magnifiques toiles dit que le climat d'alors était tout de même festif dans les
campagnes.
Surtout, le tableau dit la place centrale de la musique dans la vie sociale. J'espère trouver trace sur la toile de beaux extraits de l'Orchésographie de Thoinot Arbeau et des recueils de
danceries de Moderne et Phalèse.


Puis, par le biais des colporteurs de musiques populaires,

La place des colporteurs dans la diffusion de la culture profonde ( celle qui reste ) est méconnue, je pense en particulier à la
diffusion du livre plus tardivement.
J'ai encore souvenir de ce que me racontait mon grand père des colporteurs du Poitou qui autour du cou portaient aussi bien l'almanach
que de quoi coudre ou plein de trucs... et assuraient le lien et l'information d'un lieu à l'autre.

 les villes de Flandre, du centre de France comme Paris mais aussi d'Allemagne sont touchées et des artistes talentueux comme
Clément JANEQUIN s'en emparent, y ajoutent des percussions, célèbrent les victoires du roi François Ier, du vécu sur le terrain. Et puis, là, je sens déjà arriver Michel PRAETORIUS avec sa
palette de danses et de musiques qui inspireront plus tard, dans une veine proche, des "mathématiciens de la musique" exceptionnels comme J-S BACH et bien d'autres à suivre...

Bien sûr, tout ceci va être approprié par les géants de la composition, mais ce qui est touchant est que ces danses ont survécu et
j'ai souvenir d'avoir assisté  en Aragon à des spectacles de danses traditionnelles, dont l'ami Jorge nous avait le soir même en une conférence improvisée (accompagnée d'exemples sur sa
guitare ) décortiqué les liens avec la musique  dite savante du XVème et XVème siècle.  Ces danses allaient deux par deux, lente/rapide. Surtout, comme nous le faisait remarquer Jorge,
ces danses avaient pu être diffusées depuis les couches populaires jusque dans les cours princières grâce à une modification ... des vêtements. Ils se firent dès le XVème plus légers, moins
encombrants, permirent au nobles et bourgeois de ne plus se limiter aux seules basses danses  ( très lentes et de pas glisés) mais d'adopter des chorégraphies sautillantes, riches de pas et
de tours ( voltes)  comme on en dansait dans nos campagnes.
Quand on parle de progrès de la musique, on pense surtout évolution dans la facture des instruments, on oublie de dire que la musique va avec l'évolution de l'habillement, de la pensée, de
l'habitat. En ce sens ta phrase de début est tout à fait pertinente: A la croisée des arts et de la vie sociale... oui, mille fois oui.
( Tu me parles de Bach et de son édifice musical qui restera pour moi le sommet de la musique, même si je ne connais rien aux mathématiques je suis hypersensible à c equ'il a pu offrir qui soit à
la fois sensible et rigoureux, j'y reviendrai...)

Merci Jean-Pierre de m'avoir ermis de commencer ce développemenbt auquel je tiens beaucoup.



aimela 19/04/2009 11:12

Merci Viviane  de ce superbe article ainsi que des belles images, pour la musique j'ai réussi à écouter les chant des oiseaux jusqu'au bout, les autres non ( je fais des progrés , rires) . Bises

Russalka 20/04/2009 10:01


Alors cela me touche doublement cela prouve que letnement mais sûrement, tu vas rentrer dans cet univers
merci Aimela et bisous


Luc 18/04/2009 21:25

Les offices de guide que tu proposes en ces terres dont j'ignorais tout m'ont permis (en plus de tout ce qui est intrinsèque à ton article) de découvrir des riches qui complêtent les extraits que tu proposesavec par exemple Ce vieux disque sur GallicaLe Chant des oiseaux, 1e partie / Clément Janequin, comp. ; La Chanterie de la Renaissance ; Henry ExpertUne fois de plus, grand merci Viviane

Russalka 19/04/2009 10:56


C'est un double cadeau super sympa que tu m'offres là, Luc
d'une part un accès dans le dédale de Gallica où je 'nai jamais réussi à rentrer
d'autre part cette interprétation si émouvante qui s'ajoute ainsi aux différentes visions de l'oeuvre
merci de ce lien


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