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Musique de la semaine

Arundo Donax

13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 23:10


Vite vite, il faut que je vous raconte une histoire avant qu’elle ne se sauve.
Savez-vous pourquoi les animaux se mangent les uns et les autres ?
Non ? Alors…

Imaginez -vous le petit chemin bordé d'herbes folles, de bouleaux et d’érables qui borde la Rivière aux loups.

Il y a très  longtemps d’ici y vivait un énorme puma gris cendre aux yeux dorés, mais si glouton, si glouton qu’il chassait même la nuit.

Mais la nuit est très futée et se lève toujours à temps pour se réfugier dans les bras du jour. Elle fut  pendant longtemps la seule rescapée de cet appétit féroce. Je vous demande de prononcer féroce en insistant sur le RRRRRR.

Cela vous donnera une idée des rugissements du puma, car le temps passant et n’aidant pas, il y avait de moins en moins de bêtes à manger dans la petite forêt qui longe ma Rivière aux loups.

Les loups, eux, sont très malins depuis toujours et vivent en horde, ainsi on les laisse en paix et le puma se gardait bien de les attaquer.

Puma était de plus en plus maigre, presque transparent de maigritude tant il avait épuisé les ressources que lui offrait cette contrée sauvage.

Il ne faisait plus peur aux rares bêtes encore en vie, tant et si bien qu’un jour, la grenouille qui est l’amie de tout le monde dans mon Pays Cheyenne lui dit :
" Et pourquoi n’irais-tu pas rendre visite à la Cabrette ? Elle est douce et ne refuse rien à personne, pas même son lait, elle t’en donnera peut- être si tu es gentil avec elle."

Et voilà Puma résigné à retomber en enfance qui part voir la Cabrette.

Celle-ci commence par avoir peur et puis… vous connaissez les femmes, elle se laissent vite amadouer si on sait les regarder, leur parler d’une voix chaude qui fait naître des petits monticules sur la peau.

Cabrette accepta d’accueillir Puma.

Et c’est ainsi que chaque jour elle lui donna un peu de son lait. Il  tétait  comme un gros chat en faisant ses patounes toutes griffues contre la toison moussue de Cabrette.

Et puis un jour… Et puis un jour… ils découvrirent qu’ils s’aimaient. Tout arrive dans mon pays Cheyenne, tout.

- Nous devons lier nos sentiments dans le sang, dit  Puma à sa compagne, sans le moins du monde penser à mal.

- Dans le sang ? Mais tu es devenu fou, mon amour, nous ne sommes pas de la même espèce.

-Justement, mélangeons nos sangs,  un peu de chacun de nous coulera dans l’autre et nous serons identiques.
 
-Mais… c’est peut être dangereux pour l’un de nous, ce serait la première fois que…

-Fais comme je te le dis, avec ta corne déchire un peu cette veine qui bat sur ma cuisse pendant qu’ avec mes dents je  mordille cette veine qui bat dans ton cou.

-Si … tu .. veux.. dit Cabrette qui trouvait tout à coup étrange le regard de son amour.
Mais l’amour prend des chemins parfois que les femmes et même les chèvres ne comprennent pas.

Le plus délicatement possible elle creusa dans la chair de son aimé une entaille d’où s’écoula un peu de sang qu’avec beaucoup d’amour  elle lécha  consciencieusement.

 Puma  respirait avec avidité le parfum si doux et puissant à la fois  qui flottait entre les deux oreilles de Cabrette, laissa son museau descendre lentement le long de cette veine qui battait de plus en plus vite, car il était caressant, Puma, et cela mettait Cabrette en émoi puis…
Puis  les larmes aux yeux il mordit la chair de celle qu’il aimait, cherchant l’endroit où cela lui ferait le moins mal.
Mais cette chaleur rouge qui glissait le long de ses lèvres amoureuses réveilla en lui les appétits enfouis et … oui, vous le devinez… il engloutit son aimée.

Il passa trois jours et autant de  nuits à lécher ses griffes, ce qui est une expression  de chagrin chez le Puma, pleurer, hurler de solitude  et aussi de faim car il avait mangé en même temps que la chèvre sa réserve de lait.

Le quatrième jour, les yeux à demi clos par ces paupières qui chez les félins montent au lieu de descendre, il s’affala sous un arbre  au bord de l’étang pour méditer.

Vint le crapaud, que cette présence dans son territoire dérangeait fortement - et je vous demande d’insister sur le ffffff, vous aurez idée des soupirs du crapaud toute cette journée là- vint donc le crapaud qui est moins ami des autres bêtes que Grenouille et qui lui dit :
- Pourquoi ne tentes-tu pas de refaire ta vie avec une autre chèvre, elles se ressemblent toutes  au premier regard mais, qui sait, tu en rencontreras peut -être une qui aura plus de caractère et te donnera des petits,

-Bonne idée dit le Puma.

-Bon débarras dit le crapaud.

Et  voilà  Puma qui recommença sa quête amoureuse.

Hélas… mille générations d’hélas, une sorte de malédiction pèse sur ces deux espèces, car depuis ces temps anciens, pour y mettre enfin un terme, par pur amour l’un chasse l’autre et la dévore.

Et chez vous, c’est pareil ?

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publié par Viviane Lamarlère - dans Les naissances du Monde
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commentaires

Merlin 17/05/2009 12:16

J'l' avais pas vu çui-là... Adorable conte !Quand tout sera zen de nouveau, fais un album de tout cela... pour que tes petits enfants puissent encore rêver dès qu'ils sauront lire.

Russalka 17/05/2009 22:11



Tu sais, quand je vois que Sophie Davant ( je crois même que c'est toi qui m'en avais parlé) est publiée et que tant de personnes de
talent ont du mal à se vendre... Je me deman,de s'il ne faut pas déjà être édité ou connu pour... être édité et connu mais c'est sans amertume en fait.
Oui, bien sûr je pense à réunir ces contes, mais l'espoir est en ce moment comme peau de chagrin étant donné les circonstances et priorités qui sont les filles.

C'est un vieux conte. je remonte mes anciens articles pour qu'ils ne sombrent pas dans les abysses de Google , pour me donner l'occasion de les retravailler un peu, car le temps permet de trouver le ton juste. Toujours.
J'en ai d'autres sur le feu mais Chi va piano va sano. Tiens une photo  de notre trésor:



Il n'est pas beau mon petit marin Cheyenno-Béarno-Basque dans son ciré Breton?
oui, je lui conterai des histoires et il les racontera à ses enfants avec des variations. C'est cela la vraie transmission, celle qui
est riche et profonde.
Bisous à toi Merlin, j'ai lu attentivement  ton article sur les langues sur ton blog et viendrai demain te parler de la Galice.





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