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Musique de la semaine

Arundo Donax

10 juin 2007 7 10 /06 /juin /2007 15:35





A qui ont-ils appartenu? Qui les tenait à la main, dans les bras, sur le dos? Ces poches ces sacs, ces cartons empilés, à qui ont-ils appartenu?

J'essaie d'imaginer la petite main froissée d'une vieille dame autour de ce cabas en
tissu écossais, celle, vigoureuse et comme indifférente au poids, de l'homme dans la force de l'âge, celle crispée de la mère écartelée entre ses obligations de chaque jour et les rêves irréalisables.
A qui ont-ils appartenu? Forcément à quelqu'un. Qui a choisi aimé contemplé usé jeté.
Ils semblent d'inerte que gagne la moisissure, que la pluie et le soleil délavent ou fondent dans une boue malodorante au milieu de cette décharge.
Les eaux usées de transporter autre chose que les fluides de la nature mordent le sol de leurs acides glaireux.
Il y a là, autour des boites de conserve, des restes de meubles dont les pieds pointent dangereusement vers le ciel, des poches poubelles éventrées, l'avant d'une voiture qui dépasse, des odeurs qui dépassent aussi et enrobent la forêt alentour de leurs miasmes de rats crevés. Sous ce labyrinthe de ferraille, de cartons et de vie en décomposition circulent des prédateurs dont certains se font baiser par l'échafaudage.

J'essaie d'imaginer l'espace qu'il nous faudrait pour séparer chacun de ces objets, les poser côte à côte, avec une étiquette. Cette boite de conserve fut achetée par madame Untel tel jour telle heure, consommée le soir même, ce divan a reçu les amours orageuses de Monsieur et madame Tartempion tel jour telle heure, consommé la nuit même.
Se battaient-ils aussi pour quelque chose, quel était leur combat et la longueur de leur lassitude? Peut-on mesurer ça à l'aune de leurs déchets?

Et le malaise ne vient pas de ces objets qui ont eu sens tel jour telle heure mais de la place qu'il faudrait pour faire revenir en surface et non pas en épaisseur monticulaire ou en poches dociles leur histoire et leur drame. Et le malaise vient du sentiment que tout est loin d'être réglé.
Courir. Se sentir vivante au coeur de ce cimetière. Sans respect pour ces cadavres. La tendresse comme seul horizon.
Jouissance inutile. Souffle court. Mains bleutées. Lèvres bleutées. Immobile. Immobilisée.

A qui ont-ils appartenu? Qui possédait ces mains, ces bras, ces dos? Les poches et les sacs où ils sont empilés, d'où parfois ils dépassent comme pour me faire signe, à qui ont-ils appartenu?

La ville est désormais toute pleine de ces tas.
On appelle cela Lieux.
Ici un tas de mains, là un grand tas de jambes ou un monceau de têtes et des orbites caves s'échappe quelque bête au ventre rebondi et qui rote content.

A qui appartiennent-ils ces cartons qui se penchent et tentent de me nommer?



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publié par Viviane Lamarlère - dans Fictions courtes
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