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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
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Musique de la semaine

Arundo Donax

24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 11:45

 

Au temps des lettres papier
quand internet n’existait pas
le cœur et les chemins craquaient encore des petits bruits de l’attente


Le facteur venait le plus souvent en vélo dans ma campagne landaise
mais en Afrique c’était à pied
et à pas d’heure
car sous ces chaleurs on prend le temps d’envelopper de paroles accueillantes celui qui vous apporte enfin la lettre tant attendue et on l'en remercie en offrant le café ou l'eau fraîche

Je me souviens
j’avais quinze ans et un amoureux de quelques semaines – nous avions vaguement flirté lors d’une boum avant que je ne rentre en France pour les vacances d’été – il m’écrivait de longues lettres
qui me permettaient d’attendre nos retrouvailles … qui n’eurent jamais lieu.

Le matin vers dix heures mon cœur commençait à battre un peu plus vite
je distrayais l’attente en aidant aux taches ménagères
contrairement à beaucoup de femmes de ma génération
et d’après
j’ai toujours adoré faire le ménage le repassage la cuisine
ils me permettent en occupant mon corps
de libérer l’imagination

A cette heure si proche du verdict
je me donnais le plus généralement à une tache très automatique
cirer les marches de l’escalier à vis qui montait aux chambres
l’odeur de la cire me ravissait

Je faisais briller chaque marche avec une ferveur maniaque qui est encore d'actualité.

Puis
je ramassais mes jupes indiennes et allais m’asseoir sur les marches du perron le menton dans les poings
prête à pleurer si le courrier tant attendu venait à manquer
me racontant mille histoires d’accident de rupture de haine et d’amour

Caresser les coquillages fossiles logés dans la pierre de l’escalier ravivait l'imaginaire...

La chapelle de Jautan était assise sur son petit talus de graminées et de scabieuses
son clocher chapeau de pierre ruisselait de plantes parasites et d’oiseaux noirs j’y voyais selon les jours bons ou mauvais augures.

Plus l’heure se rapprochait plus j’imaginais le facteur
homme déjà assez âgé - de mon point de vue de gamine - il devait avoir dans les trente ans
et très conscient du bonheur ou de la tristesse que sa visite quotidienne était susceptible de m’apporter
dans le dernier cas je le sentais tellement contrit que je m’efforçais par avance à ne rien montrer de ma déception
mais je n’ai jamais su faire mentir les expression du visage ou de la voix
et lui
percevait tout
l’habitude sans doute d’être porteur de joie ou de désastres

J’imaginais les pinèdes et les taillis filant derrière lui
ses yeux plissés pour filtrer le vent de sa course
le temps qu’il prenait pour monter la dernière côte dont je connaissais par cœur la raideur
ce temps auquel je l'encourageais mentalement pour retarder l'apothéose

A un moment
dans un coude déchiré de l’enceinte du parc
je le voyais
Selon qu’il regardait devant lui ou au contraire tournait le visage à l’opposé de la maison
je savais ce qu’il m’apportait ou non


Les pieds froncés de tristesse ou au contraire tout ouverts au chemin qui menait au portail
j’allais prendre le courrier
son sourire ou son «  hé non, pas aujourd’hui M’zelle »
me faisaient l’effet d’une neige qui tombe en plein été 
j’étais partagée dans tous les cas entre l’affliction de l’absence
car les mots sont toujours signe d'absence de la chair
et la joie de l’attente prochaine

Il repartait sans se retourner d’un grand coup de pédale
je restais là quelques temps à le regarder disparaître au premier virage
le cœur au ralenti
si la lettre reposait dans ma main parmi les autres j’en respirais le parfum et me réservais de l’ouvrir plus tard après l’avoir cachée
pour multiplier par je ne sais combien cette possession

si la lettre n’était pas arrivée
je retournais sur mes pas
distribuais le courrier à leurs destinataires et sortais dans le jardin
prenais un grand râteau à grandes dents en éventail
ratissais avec soin le sable blanc tout autour de la maison jusqu’à avoir le sentiment d’un livre ouvert sur le sol dont chaque rainure serait
la tranche d’une page dans laquelle il ne me restait qu’à écrire

les mots d’amour manquants…

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publié par Viviane Lamarlère - dans autobiographique
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commentaires

Corinne 02/12/2011 11:00


Oui, il était doux ce temps des lettres papier... Je correspondais régulièrement avec ma grand-mère, ma cousine, mes amies...puis par la suite avec mon amoureux également ;-))) car
j'aimais écrire !


Quelles étaient délicieuses ces journées d'attente de recevoir... et quand la lettre tant espérée arrivait,  je savourais ces secondes qui précédent l'ouverture de cette
précieuse enveloppe... puis j'en dévorais des yeux le contenu...lisant et relisant ces écrits ! Je prenais soin ensuite de les garder dans une boîte secrète !


Merci Viviane de ces souvenirs partagés qui remémorent de doux moments de l'enfance...

Russalka 03/12/2011 10:26



 


C'est adorable ces confidences car dans le fond nous sommes toutes pareilles ( je le vois bien avec la génération de
nos filles qui elles aussi écrivaient et relisaient et conservaient dans des boites secrètes et toujours à la maison dans leur chambre... Merci Corinne de ces souvenirs partagés..



Rébecca @ Devenir Ecrivain 26/11/2011 14:14


Il y a des souvenirs qui demeurent en nos mémoires avec une intensité particulière. J'aime celui-ci qui rappelle toute la fraîcheur de l'enfance et la beauté des lettres papier. Lire est une
première chose mais tenir en main est peut-être une façon de s'appropier plus encore la lettre ou le roman...

Russalka 27/11/2011 16:15



 


Tu as raison. Lorsque je rencontre un livre, j'ai deux bonheurs, non ... trois. Respirer son parfum. Le laisser
enfermé dans ma bibliothèque quelques semaines pour avoir faim de lui. Puis le tenir entre les mains. Merci Rebecca de ce partage!



lutin 29/06/2007 18:20

Internet biography

Il y avait la peinture
rappelez vous on prenait la pose
si longue
les muscles se rebellaient

Il y avait le fusain
l'esquisse rapidement traçée
ou la sanguine à admirer

Puis vint la photo
en noir et blanc
jaunie par le temps
nos mains tendres en caressent les contours
une lecture en braille du bout des doigts
pénètre le passé

La photo en couleur
laisse moins d'émotions
le temps n'a pas fait son oeuvre
la mémoire suffit

Et Pierrot dérangé
créa Internet
nos ancètres se retrouvent sur la toile
pour la postérité
à la disposition du monde
si notre fulgurance les atteint
ils s'en retournent dans leur tombe.

lutin - 27-04-2006

Russalka 30/06/2007 00:03

Beau Poème Lutinet si vraisi proche du vécuje suis bien d'accord, les photos en noir et blanc m'émeuvent davantageoui, retrouver un temps vivant... merci.

Mireille 28/06/2007 23:53

magnifique, cette image des pages dans le sable, et elle est bien belle, Viviane, cette petite scène que tu déroules là sous nos yeux. Elle donne envie d'écrire des lettres."

Russalka 29/06/2007 08:51

Merci Mireille, des lettres j'aurais aimé en écrire tant et tant, mais ... Heureuse que celle-ci ait été reçue ;o)

clem 28/06/2007 18:19

demandez à votre amoureux de m'écrire de belles lettres. j'aime tellement les lettres. Qu'il me les adresses à mon domicile. Le facteur me les donnera.
clémentine

Russalka 29/06/2007 08:57

Moi aussi j'adore les lettres mais mon amoureux déteste écrire :o((alors je demanderais au facteur (sourire)

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