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Vendredi 28 septembre 2007
Mon genre à moi, c’était d’abord la musique, que j’écoutais l’oreille enfoncée dans le haut-parleur afin de saisir au vol le moindre frémissement de souffle dans un hautbois, le léger crissement des archets se posant sur les cordes, le roulement des timbales dévidant avec humilité leur part dans les cadences parfaites. Je  fermais les yeux et  armée d’un crayon à papier, volets fermés pour mieux remplir la nuit, je conduisais le grand navire sonore dont je sentais jusqu’à l’odeur du bois et la sueur des cuivres chauffés.

Mon genre à moi c’était aussi mes chers livres, et puis le dessin, la peinture, la danse, le chant. J’étais mauvaise en maths mais très travailleuse et appliquée. J’avais appris seule à lire à quatre ans dans une vieille méthode, en comparant les images, les sons, les signes. Lire me fut un sauvetage. On me disait artiste mais il y avait tant de mépris dans le ricanement qui accompagnait ce qualificatif que longtemps je me suis cachée pour dessiner, chanter, écrire.  Je serais toujours à leurs yeux celle qui flottait sur son nuage . En vérité je n’aspirais qu’à trouver un peu de rationalité dans le chaos qui me tenait lieu de famille.
Egoïste ou rêveuse inépuisée, absente à la vie de famille, sans doute, puisque cela leur faisait tant plaisir de le formuler ainsi. La tribu se réduisant à mes yeux de petite fille à des querelles conjugales quotidiennes et extrêmement violentes, il est certain que je n’ai jamais fait de gros efforts pour en intégrer le cercle. J’observais, j’écoutais et tentais de comprendre. Plus tard me viendrait le sens de la fratrie mais longtemps, j’ai navigué seule, à l’écart de cette langue étrangère qui s’appelait «  Eux »

Quand éclataient les orages, quand nos parents se renvoyaient à la figure leurs revendications usées, en arrivaient à se tabasser puis que ma mère menaçait de se suicider de mille et une manières en prenant à témoin ses enfants rassemblés pour l’occasion, je ressentais très fort jusque dans mes cheveux que les éclats de voix pouvaient être mortels. Ils l’étaient d’une certaine manière.
J’ai eu jusqu’à il y a peu, car mes défenses se fissurent et je me sens couler, la réputation d’un calme à toute épreuve. Ce ne fut longtemps qu’une façade polie par l’usage : je sais de fort près ce qu’est la peur.

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par Viviane Lamarlère publié dans : voyages de l'âme
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