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Musique de la semaine

Arundo Donax

1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 01:38



A mon grand-père
, qui parlait le
Poetou

A sa mère, Cheyenne, de langue Algonquine, cultures et peuples aujourd'hui en voie de disparition.


Le combat pour faire revivre les langues régionales, celles que d’un mot très méprisant on nomme patois par opposition au français, ce  « Créole qui a réussi »  disait Bernard Cerquiglini, ce combat là n’est pas un combat inutile. Ces langues chantent encore dans le cœur et les souvenirs de bien des habitants de notre pays et c’est grâce à votre aide aux uns et aux autres que ces articles vont s’écrire au fil des pages.


Nous allons commencer par le wallon, pour une raison toute simple, parce qu’il faut bien commencer par quelque langue... puis nous redescendrons lentement en ( presque) spirale le long de ces langues pas tout à fait oubliées, jusqu’au cœur de la France, en orléanais.


Je m'appuierai pour cela sur une superbe carte envoyée par Jean-Pierre il y a quelques temps:




La France - comme bien des pays Européens d’ailleurs - s’est toujours singularisée par une longue tradition de mépris de ce qui n’est pas sa langue nationale et la richesse de son patrimoine. Le seul mot «  patois «  en dit long. On se perd un peu dans l’origine de ce vocable qui évoque dès le Moyen-âge un parler grossier assorti de comportements quasi animaliers. C’en est au point que nos brillants philosophes de l’Encyclopédie hiérachiseront les systèmes linguistiques et feront des langues provinciales une «  corruption » de la langue nationale alors que… la  langue nationale a trouvé ses sources dans ces idiomes originaux et originels.

J’aurais envie de dire, pour jouer un peu de ce sujet douloureux parfois, Patois… pas toi. Exclusivité de la langue française, exclusion de ceux qui ne la parlaient pas.

L’enfer est ainsi pavé de bonnes intentions, car si l’éradication pure et simple des parlers régionaux avait pour objectifs  de réduire les inégalités entre ceux qui parlaient encore leur langue locale et ceux qui parlaient déjà la langue nationale, on constate bien encore aujourd’hui dans les mentalités un sentiment très net de supériorité des Franciliens relativement aux pauvres provinciaux que nous sommes…

Je voudrais relater là un souvenir personnel. Visitant Paris il y a des années, et j’adore notre capitale, quelle ne fut pas ma mortification d’être moquée dans le métro ainsi que nos enfants du fait de notre «  léger
»  accent du sud-ouest. Les choses changent sans doute et c’est tant mieux. Mais revenons au Wallon.
Il importe, après ce préambule sur le patois, d’insister sur le fait que le wallon n’est pas un mauvais français, mais une langue à part entière.

Le mot Wallon vient du mot germanique ancien Wahl qui désignait les peuples celtes et romans. C’est une langue  de la famille des langue d’Oïl, située donc au dessus d’une frontière qui pourrait être celle de la Loire, d’origine latine mais nourrie abondamment des racines germaniques qui s’expriment dans sa grammaire et sa phonétique.

Le wallon est resté si proche de la forme qui était la sienne au Haut Moyen-Âge, que le poète  Belge Julos Beaucarne a pu en dire : Le wallon, c’est le latin venu à pied du fond des âges. Parlé en Belgique ( mais de moins en moins alors que les flamands se sont battus pour que survive leur langue) et dans quelques villages et villes français des Ardennes, il a comme toutes les langues régionales subi de plein fouet les effets de l’instruction primaire qui sous Jules Ferry prohiba son usage dans l’enseignement.

Les maîtres d’écoles non seulement bannirent de leur vocabulaire toute référence à leur langue native, mais punirent les enfants et insistèrent fortement auprès des mamans, qui souvent continuaient de parler leur langue maternelle avec leur conjoint, pour qu'elles cessassent de la transmettre à leurs enfants. En moins d’un siècle de ce  traitement de défaveur, la transmission de la langue du terroir avait disparu des foyers. Tristesse. Car cette langue latine qui existait depuis huit siècles a, comme toutes nos langues régionales, porté sur les fronts baptismaux le français, qui leur doit tout.

Saviez vous par exemple que les mots «  houille, terril faille, fagne, grisou, faro, estaminet…
»  et j’en passe… sont du wallon ? Bien sûr ce sont les mots de la mine, alors… quelle importance pour les beaux messieurs de la ville ?

On ne dira jamais assez à quel point la marche forcée vers l’uniformité est une catastrophe, et cela est conviction de la descendante d’indiens de l’est canadien que je suis, dont ne restent aujourd’hui que quelques centaines de «  specimen » logés dans des réserves, autant dire au musée, et dont les langues et coutumes se sont dissous dans la culture mac do, sans majuscule car elle me répugne.

La diversité est signe de vie, que ce soit d’un point de vue biologique ou culturel. L’uniformité, c’est l’immobile, c’est le silence, c’est la mort.

Quand nous étions enfants nous collectionnions, nous les déracinés, des poupées régionales de France et du monde. Cette diversité curieusement faisait notre unité intime. Et je me souviens avoir passé des heures à regarder et les poupées et leurs figures dans les planches du Larousse, les avoir dessinées, découpées, habillées de papier...
Sur un superbe site, j'ai fini par en trouver... Quelle joie!
Une poupée belge photographiée par
Séverine Grange





Je voudrais avant de vous offrir quelques textes, mettre en avant cette très belle phrase du poète wallon Jean Guillaume :

Le jour où la foule déracinée, ayant à jamais renoncé à son idiome, ne trouvera peut-être pas dans le français la réponse complète, totale, à son appel profond, il sera peut-être trop tard. 

Oui, il est des espaces et des liens, des savoirs, des coutumes, qui ne peuvent et ne pourront être véhiculés sans la langue qui leur avait donné naissance et tout l’enjeu est là.
Le pays Wallon a donné naissance à des peintres tels Magritte ou Delvaux, des poètes comme Henri Michaux ou Maurice Carême qui écrivaient en français,
Gabrielle Bernard qui écrivait en wallon ou encore Julos Beaucarne,, des compositeurs tels Grétry ou César Franck...

Et maintenant, en remerciant tout d’abord Mony,( Mony, quand ouvriras-tu un espace où lire tes textes si sensibles?)
qui m’a fait parvenir une très abondante et précieuse documentation 
parmi lesquels ce conte poème :

Li bouquette emmacralèye

de Georges Ista (1874-1939)

C’ esteut l’nuit dè Nové.Li Mame féve des bouquettes.

Et tos les p’tits effants, rassonnés dilé l’feu,
Rin qu’à houmer l’odeûr qui montéve del pêlette,
Si sintient l’èwe al boque et s’ralètchient les deugts.
Qwand on costé del pâsse esteut djusse à l’idèye,
Li mame prindéve li pêle, elle hoyéve on p’tit cop,
Et puis houp ! li bouquette è l’air féve ène dimèye
Et d’vins l’mitan del pêle ritouméve cou-z-â haut.
— « Lèyiz’-m’on po sayi ! brèya li p’tite Mardjène
Dji wadge dè l’ritourner d’adreut dè prumi cop !
Vos-alez vèye, Nosse Mame ! » Et volà nosse glawène
Qui prind l’pêle à deux mains, qui s’abahe on p’tit po,
Et rouf ! di totes sès fwèces elle èvole li bouquette…
Elle l’èvola si bin qu’elle n’a mây ritoumé !
On qwèra tos costés, so l’armâ, podri l’pwette ;
On n’ritrova mây rin ! Ouisse aveut-elle passé ?
Tot l’monde se’l dumindéve, èt les c’méres dè vinâve
Si racontient tot bas, al nut, âtou dè feu,
Qui c’esteut seûr li Diâle qu’esteut catchi d’zos l’tâve
Et qui l’aveut magni sins fé ni ène ni deux…
L’hiviér passa. L’osté ramina les verdeûres
Et les fiesses di pârotche âs djoyeux crâmignons.
Tot l’monde aveut dèdja rouvi ciste avinteûre
Qwand li mére d’a Mardjène fa r’blanqui ses plafonds.
Volà don l’bwègne Colas, blanquiheux sins parèye,
Qu’arive avou ses breusses, ses hâles et ses sèyês.
I c’minça dè bodji les p’titès bardah’rèyes
Qu’estient avâ l’manèdge ; i wèsta les tâvlês
Qui pindient so les meûrs ; puis, montant so s’halette,
I d’pinda l’grand mureu qui hâgnive so l’djîvâ…
Et c’est podri l’mureu qu’on r’trova nosse bouquette
Qu’esteut là d’poy six meus, co pus deûre qu’on vi clâ,
Neûre come on cou d’tchapê, reûde èco pé qu’ine bèye,
Frèsèye come ène vèye catche et, âdzeu d’tot çoulà,
Tote coviète di strons d’mohes, et tel’mint tchamossèye
Qu’elle aveut des poyèdges co pé qu’ène angora !






La Crêpe ensorcelée

Georges Ista (1874-1939)

C’était la nuit de Noël. La maman faisait des crêpes.
Et tous les petits enfants, rassemblés devant le feu,
Rien qu’à humer l’odeur qui montait du poêlon,
Se sentaient l’eau à la bouche et se pourléchaient les doigts.
Quand un côté de la pâte était juste à l’idée,
La maman prenait la poêle, elle secouait un petit coup,
Et puis hop ! la bouquette en l’air faisait une demie
Et dans le mitan de la poêle retombait cul au-haut.
« Laissez-moi un peu essayer, brailla la petite Marie-Jeanne,
Je gage de la retourner d’adroit du premier coup !
Vous allez voir, Notre Maman ! » Et voilà notre bavarde
Qui prend la poêle à deux mains, qui s’abaisse un petit peu,
Et rouf ! de toutes ses forces elle envole la bouquette…
Elle l’envola si bien qu’elle n’a jamais retombé !
On chercha tous côtés, sur l’armoire, derrière la porte ;
On ne retrouva jamais rien ! Où avait-elle passé ?
Tout le monde se le demandait, et les commères du voisinage
Se racontaient tout bas, la nuit, autour du feu,
Que c’était sûr le Diable, qui était caché dessous la table,
Et qui l’avait mangé sans faire ni une ni deux…
L’hiver passa. L’été ramena les verdures
Et les fêtes de paroisse aux joyeuses farandoles.
Tout le monde avait déjà oublié cette aventure
Quand la mère d’à Marie-Jeanne fit reblanchir ses plafonds.
Voilà donc le borgne Colas, blanchisseur sans pareil,
Qui arrive avec ses brosses, ses échelles et ses seaux.
Il commença par bouger les petites bimbeloteries
Qui traînaient dans le ménage ; il ôta les tableaux
Qui pendaient sur les murs ; puis, montant sur son escabelle,
Il dépendit le grand miroir qui s’étalait sur la cheminée.
Et c’est derrière le miroir qu’on retrouva notre bouquette,
Qui était là depuis six mois, encore plus dure qu’un vieux clou,
Noire comme un cul de chapeau, raide encore pis qu’une quille 1
Grêlée comme une vieille poire 2 et, outre tout cela,
Toute couverte d’étrons3 de mouches, et tellement moisie
Qu’elle avait des poils encore pis qu’un angora !

 

Et puis de la part d’Agnès Schnell, poète des Ardennes, ce texte du Moyen–Âge, si vivant, si joyeux, à rapprocher du texte précédent.

Lu un jour lointain dans les annales de la ville de Mons, cette relation d’un incident qui s’est produit au Moyen Age :
 
Une troupe d’acteurs ambulants donnait des représentations dans la ville. Les spectacles duraient des heures. Les spectateurs amenaient boisson et nourriture et s’installaient. Quand un acteur ou une scène ne leur plaisaient pas, ils bombardaient la troupe avec toute sorte de projectiles.
Le directeur excédé aurait dit ceci :
 
-        
Si vo rwé co des plates de puns et des escafottes de gaïs, j’abache l’rideau et ça comptoit pou é acte !
 
- Si vous jetez encore des épluchures de pommes et des coquilles de noix, je baisse le rideau et ça compte pour un acte !


Merci à toutes deux de ces témoignages auxquels je souhaite que s'ajoutent
d'autres témoignages vivants.



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publié par Viviane Lamarlère - dans Botanique de l'étymologie
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commentaires

Hugo 20/03/2009 18:18

Chères amies, chers amis, la bouquette n'est pas l'équivalent d'une crèpe. L'aspect est le même mais les ingrédients de la bouquette sont plus "populaires" càd pain rassi, raisins secs et bière (comme levure). Quant au choix du poéme, bravo! Il s'agit en effet d'une des histoires préférée des efants walons.

Russalka 23/03/2009 10:37


>merci Hugo d eces préciujses précisions
pardonnez le retard à répondre ( soucis de santé assez lourds)
je viedsnrai vous aussi vous rendre la politesse dans quelques jours, aps de soucis
et ecusez els fautres de rfrappe, mes doigts tremblent;


agnès 03/05/2008 13:02

Oui, Adeline, moi.Etriver, estriver ou destriver selon les régions veut dire contredire.L'estriveux, c'est celui qui n'est jamais d'accord avec l'autre et qui semble contrdire par plaisir et non par conviction.

Russalka 04/05/2008 10:18


merci à toi, belle Wallonne de tes jolies précisions!


Adeline 02/05/2008 09:30

amusant quand on a épousé un tournaisien (:-) cependant il connait peu sa langue wallone il habite en France depuis l'âge de deux ans.quelqu'un pourrait-il me traduire le mot " étriver"  qu'employait  souvent  ma belle mère?

Russalka 04/05/2008 10:13


Amusant? je ne comprends pas... merci Adeline


agnès 27/04/2008 08:47

Je suis née juste entre Mont et Châlerwé, juste sur la frontière entre le wallon et le picard. Mes parents on déménagé dans la région de Mont quand j'avais un peu plus de 7 ans... Donc, je suis bilingue * rires*  et il m'arrive de mélanger les 2 langues. J'habite maintenant dans l'valléy de l'Moûze, en France,  et je comprends mes voisins patoisants  :-)J'aime beaucoup cette carte...

Russalka 27/04/2008 10:01


N'est-ce pas qu'elle est belle cette carte.?  J'adore les vieilles cartes, une carte ou un dessin, cela rajoute de la substance aux mots et éclaire si
souvent... merci Madame la wallon-picarde, je comprends que tu te mélanges, il m'arrive de rêver en espagnol alors...;o))


Mony 26/04/2008 18:25

Pour faire simple je dirais que chaque petite région ou village de wallonie ont leurs propres subtilités avec l'usage du wallon. Personnellement, j'habite un des villages cités dans l'article de Wikipédia (Baelen) et on y parle principalement le français mais aussi le patois allemand et le wallon. Quand à l'enseignement il est dispensé en français avec l'allemand en deuxième langue. Mony

Russalka 27/04/2008 09:51


Ce que tu me dit rejoint complètement l'idée que je me fais des variations très subtiles des langues originelles d'un lieu à l'autre. Et cela m'est d'autant plus
simple à imaginer qu'en afrique, au sein d'une même langue type, il y avait des variations de village en village... Donc tu es trilingue ;o)) C'est chouette...


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