En mai dernier, nous nous rendions àMadrid,malheureusement sans avoir pensé un
seul instant avant de programmer notre court séjour par ailleurs initialement dédié à une expo deSuisekis, que cela tomberait le premier Mai. C'est donc avec beaucoup d'inquiétude que nous nous sommes acheminés à pied vers les musées que nous comptions
visiter pour ... les trouver fermés. Heureusement, ce jour-là, juste en face du musée du Prado que nous connaissons par coeur, se trouvait ouvert lejardinbotanique royal.
Construit au XVIIIème sur le paseo del Prado, ce jardin faisait partie du projet de Charles III de créer dans sa capitale des espaces de verdure accessibles à tous, protéger les espèces
botaniques connues ou rapportées des Amériques et en transmettre in situ les caractéristiques, mais également restructurer la ville et veiller à la santé de ses sujets en leur offrant des
lieux aérés propices au délassement et à la promenade méditative.
Grand projet on le voit... Dès ses débuts ce jardin servit en effet à l'enseignement de la botanique, à la
constitution d'archives grâce à des milliers de documents dessinés et répertoriés, permit d'envoyer aux Amériques et dans le Pacifique des artistes et botanistes afin de récolter des espèces
et les inventorier.
Les plantes furent classées selon la méthode de Linné et organisées en terrasses thématiques. Nous nous sommes engouffrés
avec bien du plaisir dans les huit hectares d'allées et de terrasses de ce jardin exceptionnel, fort bien entretenu quoiqu'il ait manqué disparaître un temps faute de volonté de le mantenir
en bon état.
La plus basse d'entre ces terrasses que vous voyez ici en surplomb :
est dite la Terrasse des Carrés. Elle regorge de plantes ornementales, en particulier des tonnelles fabuleuses derosesanciennes au parfum inoubliable, des plantes médicinales, aromatiques:
et potagères comme ces étonnants bulbes de plus d'un mètre de haut chapeautés en églises orthodoxes ( on nomme d'ailleurs du joli nom de " bulbe" les coupoles colorées de ces
merveilleuses églises dont l'une des plus connues estSaint Basileà Moscou) . Mais
revenons à notre plante, il s'agit de l'ail rocambole, ou ail géant d'Espagne:
.
Quelques fleurs superbes. Voyez comme la lumière diffuse sous la jupe d'une élégante :
Un délicat Coeur de Marie
Merveilleux taffetas de cette ciste dont la robe éphèmère ( les fleurs de cet arbuste ne vivent qu'une seule journée, mais quelle journée...) est toute froissée:
Une belle asphodèle
La terrasse suivante est celle des Écoles botaniques où se situe la collection taxinomique des plantes. Elle permet de parcourir le règne végétal, des plantes les plus primitives
jusqu’aux plus évoluées dans leur écosystème reconstitué. Entre deux rêveries sous de grands arbres inconnus, nous allons nous reposer dans la fraîcheur d'un espace dédié aux fougères de
toutes sortes. L'ombre et la brumisation ambiante nous emportent bien loin sous les tropiques et dans les temps anciens.
La dernière terrasse est dite " Terrasse Romantique," elle est divisée en petits espaces arrondis, dessinés à la
française et plantés de fleurs plus courantes mais dans une jolie déclinaison de couleurs.
A l'ombre de magnolias en fleurs
nous allons beaucoup apprécier cette promenade tranquille entre les iris et autres beautés, buissons
d'asclépias:
d'hibiscus
ou d'aliaires qui ponctuent de blancheur les pieds des haies de myrte
Puis la serre des cactées dont voici les seuls qui ne m'effraient pas: ils ressemblent à s'y méprendre à des cailloux...
Après avoir traversé les pavillons successifs baignés d'une ambiance à chaque fois plus chaude, nous retournons enfin à
l'air libre et apprécions doublement la fraîcheur de la brise qui se lève et les bonsaï offerts au Jardin par Felippe Gonzalez, ancien premier ministre dont la collection somptueuse donne
idée de la passion qui l'a longtemps animé et de la générosité ( les peuples donnent beaucoup pour que leurs dirigeants soient généreux...) de ses invités chefs d'Etats...
Chacun de ces arbres est très haut et très âgé. Deux ou trois siècles pour certains d'entre eux.
Cette forêt qui peut sembler minuscule est pourtant de taille impressionnante...
Et pour finir cette promenade qui fut un vrai resourcement au coeur de la ville, une musique typiquement madrilène, la Zarzuela, où se mêlent thèmes folkloriques et danses populaires
venues d'Amérique centrale comme le paso-doble, musique qui accompagne les corridas et les ferias. Ici, une pièce que l'on joue souvent lors de la corrida ou dupaseo, cortège qui entame la corrida et permet de
présenter les différents protagonistes de chaque équipage avant que le combat ne commence... " Agua, azucarillos y aguardiente ". Je ne peux m'empêcher en certains endroits de cette
musique d'entendre intérieurement les " Oléééééé..! " de la foule...
Pardonnez le tintement à la fin de cet enregistrement, qui m'annonce l'arrivée d'un courrier, ici tout est artisanal (sourire)
Vos traces