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Musique de la semaine

Arundo Donax

20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 04:51

 





Haendel ou la soif de survivre


opéra des gueux Hoggart

                                                 Opéra des gueux, toile de Hogarth



En 1728, alors que les finances de son théâtre sont au plus bas, se monte sous la patte musclée de l'un de ses meilleurs amis, John Gays, un Opéra des Gueux qui a grand succès dans Londres. Haendel rit d'autant mieux de cette satire qui vise directement son goût pour le chant italien que sa musique y jouit d'une publicité indirecte. Avec sa pension très élevée il décide donc de créer dans ce même théâtre qui vient de fermer ses portes une seconde Académie royale afin de contrer l'initiative des Lords qui viennent d'ouvrir à leurs frais eux aussi l'Opéra de la noblesse...

Cet homme si généreux dans sa musique, si coléreux avec qui lui résistait, si énergique, est désormais un homme seul dont on ne sait presque rien d'autre que ce qu'il veut bien livrer à de rares personnes. Mais un de ses traits de caractère les plus puissants est que lorsque le désespoir le touche il trouve encore la force de donner un coup de talon et résister.
Sa discipline d'acier pendant quelques années rend vie à cette scène.

La maison où il vit et qu'il s'est achetée est sobre, aucune femme ne la fréquente mais il reste trace de quelques amis auxquels il manifeste une attention, une tendresse, une prévenance constante.
Constraste donc poignant entre l'exhubérance brillante de cette musique et la solitude profonde, presque tragique, qui touchera un jour (tant il y trouvera d'échos) le grand Beethoven.




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                                                  Orlando ( Roland) furioso, toile de Ingres


C'est l'époque des plus beaux opéras: Orlando furioso, Alcina pour ne citer qu'eux. Mais aussi des grands concertos grossos, du concerto pour harpe, de l'Ode à la fête de Sainte Cécile, des premiers oratorios.


sainte-cecile-Stella.jpg

                                                              Sainte Cécile, patronne des musiciens
                                                    toile de Jacques Stella



L'Allemagne reste sa terre d'affection et en 1730 il se rend au chevet de sa mère mourante et aveugle. Bach qui sait sa présence en Allemagne et admirait beaucoup son oeuvre l'invite à venir le voir à Leipzig.
Il ne s'y rendra jamais.

On a pu dire que c'était par crainte de se mesurer au génie improvisateur du Kantor.  La vérité est sans doute ailleurs: Haendel fait partie de ces musiciens qui, refusant d'être esclaves d'un Prince, se sont rendus esclaves du public. Sa carrière est risquée chaque soir et il se doit d'être aux côtés de son orchestre, ses chanteurs, son administrateur. Et ceci d'autant plus que ses divas sont imprévisibles et qu'il arrive certains soirs à Haendel de faire diversion aux furies déchaînées sur la scène en improvisant au clavecin ou à l'orgue.



De l'Allemagne il ramène ce qui fut aux fondements de sa vocation: l'inspiration inépuisable des chorals luthériens.
Renonçant à ce qui fut le moteur de son existence, la mise en scène des voix, il présente devant un public privé son premier oratorio: Esther. Il faut dire que l'évèque de Londres avait refusé aux enfants de la cathédrale de monter sur scène avec des acteurs, gens de mauvaise vie comme chacun sait...
Le succès et immédiat auprès de cette société éprise de religion.
Haendel qui est épuisé par une lutte constante pour créer, faire vivre son Académie, lutter contre les cabales, voit là une opportunité de redémarrer une seconde carrière. Surtout les versions oratorios et les sujets inspirés des saintes écritures lui permettent d'échapper à l'interdit de donner une représentation théâtrale durant la période de Carême, ce qui grêvait notablement ses finances.


 



evanouissement-d-Esther.jpg

                                           Evanouissement d'Esther, toile de Jouvenet

Pour l'heure, écoute de quelques oeuvres de cette période tourmentée.

Esther, Who calls my parting soul from death, un duo sublime dont l'accompagnement rappelle bien sûr celui de l'air du génie du Froid extrait du King Arthur de Purcell, dont le texte s'inspirait de Lully ( l'air des trembleurs) et la musique de l'accompagnement d'un concerto de Vivaldi,


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Ode pour la fête de Sainte Cecile, énergétique et vitaminée et même un peu guerrière par moments ! L'oeuvre se propose, à travers ses nombreux numéros alternant pièces instrumentales, de solistes vocaux ou de choeurs, de rendre hommage aux différents pupitres d'instruments et à leur portée psychologique ou religieuse.


The trumpet's loud clangor

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Sharp violins proclaim


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Orpheus could lead


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Soft complaining flute


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/07_Ode_for_Saint_Cecilias_Day_HWV_76__The_Soft_Complaining_Flute.mp3&



Concerto grosso opus 6 n° 3 en si mineur sans doute l'un des plus puissants composés par Haendel... Je vous en propose quatre des cinq mouvements:


Larghetto


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Andante
en forme de fugue

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/11_Concerto_Grosso_E-Minor_op_6_No_3__II_Andante.mp3&

Allegro
dans lequel le travail des violons est si proche de celui d'un Vivaldi
 

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/12_Concerto_Grosso_E-Minor_op_6_No_3__III_Allegro.mp3&

 


Polonaise aux accents bien marqués de danse payse

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/13_Concerto_Grosso_E-Minor_op_6_No_3__IV_Polonaise_-_Andante.mp3&


Alcina
brillante et joyeuse

 
Air de Morgane, Tornami a vagheggiar, sublimement chanté par Patricia Petitbon


dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/03_Alcina_Act_1__Tornami_a_vagheggiar.mp3&


Concerto pour harpe N°1 en Si majeur, Andante-Allegro, un "tube" déjà à son époque:

dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Haendel/13_Concerto_Pour_Harpe_No_1_en_Si_Majeur_Op_4_No_6__I_Andante_Allegro.mp3&




callot-orphee.jpg
                                                             L'éducation d'Orphée de Georges Callot

Mais la bonne chère, le bon vin, la fatigue provoquent en 1737 un premier accident vasculaire cérébral qui le laisse à-demi paralysé. C'est à Aix -La-Chapelle qu'il part retrouver des forces ...




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commentaires

Merlin 22/11/2011 21:56


J'adore les remarques de Valentine qui sont si vraies en réalité. Je pense que la période foetale nous conditionne (neurologiquement parlant) à une
écoute/réception de la musique. Je n'ai aucun souvenir de ma mère, décédée quand je n'avais que deux ans, mais je sais que c'est elle qui m'a donné ce goût de la musique "à fleur de peau" mais
aussi en profondeur car  - on me l'a dit - elle chantait merveilleusement bien et était très érudite en matière de musique et moi, je n'ai rien reçu après sa mort comme éducation musicale,
jusqu'à 8 ans et si peu après.


Alors que dire Viviane ? J'adore la polonaise et le concerto pour harpe n° 1, non pas parce qu'ils ont fait un tabac mais juste parce que je les trouve
musicalement parlant très complets et très conformes à ce que je crois des origines de l'inspiration musicale à cette époque : populaire au départ, mais dans un processus évolutif et créatif
permanent . J'adore !

Russalka 23/11/2011 17:20



 


Cela me touche profondément ces confidences sur ton enfance, Merlin. Ta maman a su te donner en trop peu de temps tout
ce qui fait aujourd'hui de toi un mélomane attentif, averti et ouvert, et cela est immense cadeau car que serions nous sans musique?  Oui, ce que nous entendons in utero nous conditionne à
vie. Ma propre mère écoutait beaucoup de musique en une époque où cela était un luxe et je pense que même dans mon petit oeuf ;o)) j'éprouvais... L'influence des danses populaires est inépuisable
dans notre musique dite sérieuse. Quel dommage que tout cela se perde aujourd'hui pour des produits prédigérés fades et sans grand génie...



Valentine :0056: 22/11/2011 19:17


J'aime bien Sarah qui se souvient de t'avoir entendue chanter quand elle était
dans le chou ; de même ma mère me rappelle couramment que lorsqu'elle m'attendait elle chantait sans cesse le "Et exultavit" du Magnificat de Bach. Et dans le même ordre d'idée elle m'a demandé
de diffuser pour ses obsèques un passage (sans doute le mouvement lent en raison des circonstances) du quintette de Franck, car elle dit que sa mère l'écoutait souvent en l'attendant et que
paraît-il elle frétillait constamment durant cette écoute !


Mais à ce sujet j'ai remarqué, comme je jouais du violoncelle en attendant ma dernière fille, que les instruments à cordes (notmment graves) produisent des
vibrations qui agissent directement sur le système nerveux du bébé - et sans doute sur son développement.

Russalka 23/11/2011 17:16



 


Mais tu sais que c'est prouvé que les bébés in utero entendent tout ce qui se apssent au dehors et au dedans? La voix
de leur maman leur parvient bien entendu. C'est ainsi que Bruno est encore aujourd"hui remué au plus profond par l'air de Russalka, Sarah  adore cet ode à la sainte Cécile et Mathilde est
émue sans savoir pourquoi par l'Et exultavit du magnificat de Bach!! Je suis persuadée comme toi que les fréquences graves peuvent agacer l'enfant, c'est d'ailleurs pourquoi quand je vois une
jeune femme eceinte dans une salle de cinéma avec des sonos puissantes, je ne peux m'empêcher de penser au bébé...Mille merci du partage, Valentine ;o))



ulysse 21/11/2011 10:43


Il fait partie de ces hommes dont la créativité et l'energie laissent pantois et ta belle plume Viviane sait lui rendre Justice

Russalka 22/11/2011 18:44



Je crois qu'il était comme tous les grands hommes quelqu'un de parfois coléreux, mais quel enthousiasme dans sa
musique! Merci Ulysse....



Valentine :0056: 20/11/2011 21:39


Merci pour ces magnifiques articles si inspirants, instructifs, et riches et auditions musicales - variées, choisies avec soin, complètes et de qualité !
C'est vraiment un beau "cours" que tu nous offres là, et je découvre beaucoup de choses, particulièrement ce duo d'Esther qui est en effet très beau. L'ode à Sainte-Cécile me rappelle des
souvenirs (d'un collègue de mon père qui l'avait dirigé), et il fallait bien qu'un musicien se décide un jour à en dédier un à la patronne des musiciens !


La larghetto du concerto grosso m'évoque un début de cantate de Bach (un peu modifié c'est certain) ; mais il est vrai que tout est dans le style de
l'époque, et ne peut que rappeler des choses (Bach, Vivaldi)... Lorsque j'ai étudié le chant j'avais pris un plaisir particulier à chanter Haendel, particulièrement adapté à la
pose naturelle de la voix. Et je souris de voir une "Morgane" dans les prénoms appréciés à l'époque.


Enfin, je retrouve avec plaisir le concerto pour harpe, que j'ai souvent entendu.

Russalka 22/11/2011 18:39



 


Ce duo est magique et pourtant, je n'aime pas trop les ténors légers... Mais c'est si bien chanté!
Haendel a aimé la musique de Bach et comme tous les compositeurs de cette époque où n'existaient pas les droits d'auteurs a-t-il abondamment récupéré les " tubes " qui marchaient ;o))) Cet air de
la sainte cécile, je l'ai chanté enceinte de Sarah. Elle s'en souvient encore... Bisous et merci Valentine!



Joubert 20/11/2011 20:31


Orlando Furioso aura inspiréà n'en pas douter l'auteure du très fameux Harry Potter.

A découvrir. Notre histoire littéraire regorge de chefs - d'oeuvre méconnus.


Merci de m'avoir incité à renouer avec cet ouvrage lu autrefois.

L'ode à Sainte - Cécile me touche beaucoup ici. Quelle virtuosité des voix ! Et comme vous j'aurais choisi ce concerto n° 3. Achevé entre tous.

Amitiés,

Joubert

Russalka 22/11/2011 18:29



 


Il est vrai que cette histoire de griffon ;o))) ... Je me souviens de cette Ode pour la fête de Sainte cécile chanté
par Stich-Randall, c'était à pleurer de beauté. Je n'ai hélas pas réussi à le retrouver, il ne doit aps être re-édité. Dommage... Mille merci de votre écoute amicale, Joubert!



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