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Musique de la semaine

Arundo Donax

8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 14:49

Je vous sens ailleurs. Pas vrai?
Je vous ennuie?
Vous ne savez pas ce que ce mot... oh... laissez moi vous le raconter et ensuite je vous laisse rêver

Cent fois sur le métier il avait remis son ouvrage.
Il pourrait enfin aller se coucher l'Esprit tranquille.
Il avait posé en ce monde tous les ingrédients nécessaires à ce que la soupe originelle ne tournât pas en bouillon de onze heures.
Oh, ça n'avait pas été simple du tout du tout du tout.
Ses créatures s'agitaient en tous sens sans jamais prendre de repos comme un feu qui n'épuiserait pas son combustible.
D'ailleurs il avait fini par les appeler les Toufoutouflamme.

Souvent il se penchait au plus près de leurs gesticulations et restait à chaque fois plus abasourdi de constater à quel point de si petits mouvements multipliés par des milliards d'inconsciences pouvaient laisser d' empreintes durables sur le sol de la terre Mère.
Je vais les casser
Je vais les casser
Je suis agassez !

fulmina-t-il un matin devant son miroir.
Là dessus la simple vision de sa barbe de trois jours le plongea dans un sentiment encore inconnu,
un sentiment épais et légèrement violacé,
entre la crème et l'ancolie.

Cet émoi tout neuf le troublait. Il se sentait à la fois
Léger-Lourd
Nuit-et-jour
Moulin-Four
Demi... demi...oui... j'attends...
Bon. Une autre fois. Où en étais-je?
Ah oui. Il se sentait bizarre sauf que cette fois-là ce sentiment était bien plus vaste que toute chose connue.
Lorsque sa Balance-à-Ressentir pencha trop du côté des Pensées-sans-Issue il tendit vers la création ses deux mains afin de déverser sur elle ce trop plein.
Bon débarras!!!!

Les Êtres ralentirent presque aussitôt leur pas, les décors sordides, les saccages et autres servitudes que leur acharnement à bouger avait peints sur la toile originelle se nimbèrent de brume. Les bruits de fond qui empêchaient la Divinité de dormir en furent étouffés, comme avalés par un rêve.

Se sentant plus léger, il reprit ses observations. Quasiment tous étaient plongés dans une sorte de ... comment allait-il appeler cela qui se trouvait à mi-chemin entre le quoi et le pourquoi  ?
En-nuit.

Voilà comme il le nommerait ce sentiment si flou et délicat cependant dont il percevait bien qu'il pouvait - pourvu qu'on s'y abandonne un peu - en surgir de grandes choses.

Il sentait bien. Très lentement, de ce vague à l'âme qui avait saisi les Êtres, naissait tout l'oublié de sa propre conscience, ce qui sans cette agitation serait resté dans les limbes.
le silence
le coton
la grisaille
l'effacement des contours dont on pense parfois
que c'est un raté du dessein
les petits chemins invisibles qu'empruntent nos pensées lorsqu'on les laisse libres de jouer
avec les lianes qui leur sont
tendues
Tant d'autres choses

Mais il se rendit bien vite compte que laisser les Êtres dans cette demi-somnolence finirait par faire pencher leur propre balance à ressentir
du côté des pensées sans issues...de ... oui... j'attends...
Bon. Une autre fois.

Alors
pour eux il créa la pierre qui réveille
la peau nue
la pierre
sculpture silencieuse
qui ouvre les chemins comme on ouvre un poème
au hasard
enfant surgie des bords de la poussière
et de l'effritement

Pour eux il créa la douleur qui relie au réel
et comme il était dans un jour de grande grâce
et
dispensations
il créa aussi le plaisir
qui efface
 la douleur

et pour finir
cette éternelle question
gu'il eut le blus grand bal à ze vorbuler
z'édant enrhubé aux duages de zes benzées
:
la douleur et le plaisir sont-ils
des indices du monde
posés sur fond d' En-duit ?


© RSSLK




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publié par Viviane Lamarlère - dans Les naissances du Monde
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