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Musique de la semaine

Arundo Donax

5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 01:39




Toujours vers la nature ou mes vieux livres aimés je reviens. Comme assoiffée de leur présence.


L’un deux me tient compagnie depuis toujours, la Poétique de l’espace de Gaston Bachelard. Et tout particulièrement le premier chapitre de cet ouvrage d’une immense profondeur et poésie, qui est à lui seul lieu de rencontre avec d’autres poètes et analyse somptueuse de ce que nous pouvons éprouver de retour dans la maison natale, ou simplement revivant dans une chambre qui ressemble aux chambres du passé, nos gestes anciens, intacts et toujours jeunes.

J’ai connu cent maisons dans mes voyages, toutes d’un caractère différent, toutes cependant simplement maisons. Je n’ai jamais vécu dans des immeubles de plusieurs étages et lorsque j’y séjournais deux ou trois jours en transit entre deux avions ou bus, il s’agissait d’hôtels impersonnels où je me sentais mal.

Le livre de Bachelard va au fil des pages tenter de découvrir «  la coquille initiale », le sens de la maison, ce qui se cache de vie intérieure de notre psychisme derrière les souvenirs de recoins, de placards, d’escaliers, greniers ou caves. Mais aussi de quelle manière tout espace sincèrement et réellement habité prend forme pour nous de «  maison ».
Il reprend en cela des thèmes chers à Jung : les différents étages d’une maison nous rappellent à notre verticalité, dans leur polarisation de la cave et du grenier, mais aussi à notre multiplicité : dans une maison sans recoins, sans lieux cachés et obscurs, point de rêverie possible, point d’échappée possible, point de possibilité de redouter la terre ou rejoindre le ciel. Pour Jung, l’homme prudent qui entend du bruit dans sa maison se précipite au grenier, où courent rats et souris, pour ne pas avoir à défier l’ombre de la cave, ses rampants, et invisibles. L’être humain est né pour monter vers la rationalisation et la rêverie des greniers et fuir les peurs ancestrales dont la cave est le réservoir. Et le témoin.

Bachelard étaie sa théorie de multiples exemples pris dans la littérature. Une grande place accordée à Bosco et à la symbolique de la tour qui ne tient sa force que de son ancrage dans les temps anciens, aux escaliers, aux escaliers vivants qui unissent les étages du psychisme mais dont la psychanalyse, selon Bachelard, n' a formulé qu' une symbolique globalisante et fruste.

En hommage à ce livre, un petit poème...


Aux marches vers le bas
je dis ma reconnaissance pour les peurs sans issue
parfum de bois vivant mort légère
audace d’eau qui se contient
dans la chair noircie des pierres
la feuille éteinte de l’espace
que caressait ma main
et l’enfer d’une trappe au goût de refermer


Aux marches vers le haut
je dis ma reconnaissance pour les planches fendues sur le vide
pitié boiteuse de la rampe
odeur de cire et de vertige
les toiles d’araignées
pièges sacrés soutien des poutres
une petite source
un moins que rien froissé
luisant au bord du toit lorsque le soi écoute






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publié par Viviane Lamarlère - dans Hommages et échos
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commentaires

marlou 05/02/2011 11:52



Des mots joyaux de quelle couronne ? Merci.



Russalka 06/02/2011 14:51



Je ne sais, une couronne tressée à Bachelard ou aux escaliers ;o)))



juliette 08/06/2009 17:06

C'est toujours intéressant de te lire... quelle cultureBises

Russalka 08/06/2009 23:15


Merci Juliette, tu sais plus je vais et plus je comprends cette phrase de je ne sais plus qui ( tu vois que je ne suis pas cultivée
):

Plus je sais et plus je sais que je ne sais rien...
Lis Bachelard, je suis certaine que tu seras touchée au coeur par cette poésie et cette humanité profonde et sans vanité.
A demain!


Merlin 06/06/2009 23:04

Le concept de maison est l'un des premiers qui s'est imposé à l'esprit pour rassurer Homo sapiens débutant. Maison-abri, maison-enveloppe, maison-coquille, maison-refuge, maison-nid tout chaud.Même les sans logis, les sans abri (pas les SDF qui ont une maison roulante ou mobile) se font parfois une maison dans un illusoire carton ou ... sous un pont.Ma première maison était une école (de filles) et même si elle ne m'appartient en rien, je la considère toujours comme ma maison natale. La plus mignonne s'appelait "Little sugar stone cottage" et elle se trouvait au bord de la Mer des Caraïbes. Elle avait une terrasse qui dominait la mer en son sommet. Mais celle que je préfère entre toutes celles qui m'ont abrité, protégé, de toutes celles qui ont défini mon espace de vie et les pulsations de mon coeur, c'est celle que j'ai restaurée entièrement de mes mains et qui a une histoire familiale, historique (juin 1944 où elle fut bombardée par des pilotes Américains hyper z'ailés...) C'est un lieu chargé de souvenirs dans lequel ma femme a vécu toute petite avec ses grands-parents. Il y a trois escaliers pour accéder aux chambres et deux escaliers plus sommaires qui conduisent aux greniers, eux aussi chargés de souvenirs. Chaque pièce de cette demeure est un sentiment, un concept spécifique, une discipline et un pack de souvenirs mais pas nécessairement dans la fonction dont on devine l'usage actuel le plus évident : pour ne prendre qu'un exemple, mon bureau dans lequel se répandent tant de livres, de revues, de documents de toute nature et qui recueille un orgue absolument fantastique recueillait avant un clavecin à côté d'une chaîne HI FI et de multiple CD et DVD à gauche de la bibliothèque. Eh, bien non ! Tout faux... Tous ceux qui ont mon âge dans mon village s'en souviennent comme de la "boutique" dans laquelle il y a avait l'épicerie mais surtout les friandises et les bonbons de toute sorte. Ainsi, chaque pièce a son histoire et il y en a pas moins de treize...J'aime beaucoup BOSCO moi aussi : "Le mas Théotime" m'a fait rêver en Provençal autant que "Le cheval d'orgueil" du Breton Pierre Jakez HÉLIAS ou "Zabeth" d'André LOUIS, roman en langue normande m'ont déposé dans les habitats d'Armorique.Très joli poème sur les marches qui montent ou qui descendent, c'est selon... Comme ces chemins qui montent vers la colline oubliée de Kabylie ou qui descendent quand on en repart. Oui Bachelard est un facteur poète, un homme de lettres de noblesse et un philosophe que je remettrai dans mes chantiers du futur ou de l'au-delà...

Russalka 07/06/2009 09:59



Quel bonheur que ce commentaire qui est à lui seul une histoire et un leg de vie.
J'ai souvenir de ta maison, la douceur de l'entrée encadrée de roses, le calme de fenêtres ouvertes au premier étage, les jardins
s'emboitant au rythme improvisé et pourtant tout ceci très bien organisé, l'appentis sur la droite et ton bureau surtout dans une ambiance de travail calme mais dense.

Il y eut plusieurs maisons dans ma vie qui ont compté. Celle de Brazzaville qui était recouverte de fleurs ( Brazza aurait pu
ressembler au paradis sur terre tant le Congo est fleuri et chargé de fruits) et dont les roses de porcelaine, si étranges, l'avocatier au dessus de mon petit bureau, ont marqué à jamais ma
nature rêveuse et imaginative. De plein pied mais aux ciels et sols si riches que cela comptait pour étages.
Et puis Jautan, merveilleuse maison aux greniers effrayants et libraires, aux caves glissantes, aux placars exigus sous le grand
escalier en colimaçon qui menait à l'étage puis aux greniers, aux couloirs si larges et longs que j'avais peur de les franchir, les dépendances et leurs outils, le puits...
Et puis ma maison d'aujourd'hui elle aussi possédant une " cave " et des combles. Tout y est réuni pour en faire une maison d'enfance
et Mathilde hier depuis Madrid me disait " Comme ma chambre me manque..."

Je ne savais pas que ta maison avait abrité un commerce. C'est chouette de pouvoir égrener ces souvenirs avec les habitants de ton
enfance et de ton village et surtout d'avoir pu transformer cette demeure à votre image à l'ombre de ce clocher. tant de personnes ont vécu dans des cités sans âme et ne pourront jamais se
reconstruire un nid.

Oui, il est fondateur et structurant pour l'être humain de posséder sa coquille, comme l'escargot. Quand nous passons des heures au
jardin Michel et moi et en sommes si contents, le sentiment nous envahit d'embellir la coquille pour nos enfants et petits enfants et leur offrir matière à rêve, par exemple un chêne dans le pré
dont nous laissons les lourdes branches tomebr au sol afin d'en faire une cabane naturelle pour les petits enfants...

Tu me donnes des envie de renouer avec Jakez Hélias et découvrir ces poètes des lieux simples et clairs. Les chants qui puisent aux
paysages et à la terre sont les plus beaux, de mon point de vue, car ils remuent des souvenirs universels et pourtant singuliers, leur puissance évocatrice née de l'amour de la glaise est
toujours au rendez-vous. Et Bachelard aimait la terre.

Bisous Merlin et merci du beau commentaire!



Valentine :0056: 06/06/2009 16:57

Ainsi, tes "marches" courent toujours vers quelque danger, même celles qui montent ? Chez moi, ce qui descend est dangereux, mais ce qui monte plein d'espoir et de lumière. Oui, notre "aura" est définie comme une maison, et à cet égard j'ai été particulièrement émue par le film projeté hier soir de Yann-Arthus Bertrand, intitulé précisément "Home" : lui aussi nous dit, et c'est finalement son message principal, "cessons de creuser, et de détruire la terre qui nous porte ; à l'instar des arbres, regardons vers le haut, vers les vents, le soleil !"

Russalka 07/06/2009 10:04



Oh, oui, mes marches comportent une aprt non négligeable de danger, d'abord parce que montant ou descendant, j'ai souvent tendance à
glisser dans les escaliers, ensuite parce que je m'y suis toujours sentie entre deux mondes.
Les livres de Arthus Bertrand me touchent toujours, je ne savais pas qu'il avait écrit un film dernièrement.
As tu eu l'occasion d evoir " Un jour sur terre "? Périple d'une journée à travers les différentes saisons sur cette terre, découverte
de sa magie et de ses habitants à peaux ou plumes, images somptueuses et drôles .
Merci de ton témoignage sur ce qui monte et descend et bisous



clem 06/06/2009 14:56

J'aime beaucoup ce retour vers les sources en évoquant un auteur. bisesclem

Russalka 07/06/2009 10:05


Mille merci Clem, c'est le propre des génies de l'écriture, nous donner le sentiment en écrivant qu'ils nous écoutent, écoutent notre
histoire en racontant la leur...


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