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Musique de la semaine

Arundo Donax

6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 16:30





De Serge Latouche, un livre formidable, petit par son format et son prix, ( 3 euros et quelques)  grand et riche par son contenu.

Remarquablement écrit, d'une clarté à mettre entre toutes les mains,
au premier chef celles des ( ir) responsables qui nous gouvernent.




Nicanor Perlas il y a longtemps déjà partait du postulat que la bonne santé de toute société repose sur une reconnaissance mutuelle de chacune des trois sphères qui la composent: sphère politique, culturelle, économique. Si l'une d'elles écrase les deux autres, c'est toute la société qui en pâtit.
La sphère économique non seulement a dominé les deux autres partout dans le monde, mais aujourd'hui elle est malade à son tour.

Et c'est là que le petit livre de Serge Latouche vient au secours des intuitions de Perlas, encore trop attachées à la notion de développement durable ( concept que combat Latouche) sensé prendre en compte les sept dimensions de l'épanouissement: économique, politique, culturel, social, écologique, humain, et spirituel. 
Le label " développement durable " sert en effet aujourd'hui de caution à celui de " croissance" et toujours au seul bénéfice des entreprises soudain curieusement éprises du concept. Il est vrai que nos habitudes ne souhaitent pas toujours être délogées et que cela arrange bien les profiteurs de tous poils de nous inciter à consommer en toute bonne conscience ( cf. l'écotourisme qui ne sert que les intérêts des compagnies hotelières ou d'aviation ).


Ce qui rend ce livre à la fois formidable et indispensable est la rigueur de sa démonstration - dans une langue accessible et claire, que n'assèchent ni diagrammes ni abondance de chiffres - le fourmillement d'idées minuscules ou grandes à mettre en oeuvre à l'échelle locale pour changer la vie, la force des exemples cités pour nourrir l'argument.

Par exemple que les langoustines écossaises vont se faire décortiquer ... en Thaïlande avant de revenir dans leur pays de cueillette pour y être mises en conserve et re-expédiées sur la planète.
Par exemple qu'en trente ans, dans le Limousin, la culture fruitière et  légumière est passée de 6300 hectares à 300 hectares. Les productions de cette région ne pesaient rien face aux concurrentes venues d'ailleurs, bien moins chères pour le consommateur et ce en dépit du prix du transport aérien.


Il nous faut donc de toute urgence, comme cela se fait déjà en bien des lieux qui ont pris des initiatives courageuses, en France, en Italie, apprendre à vivre mieux en consommant moins, renoncer à ces besoins qui nous sont créés de toutes pièces par des entreprises qui consacrent à leur publicité le deuxième budget du monde après celui des armées,  relocaliser les échanges et les décisions,  réduire l'addiction au travail pour générer des emplois nouveaux, se refuser ces voyages lointains consommateurs d'énergie fossile quand on peut voyager tout près de chez soi  sans détruire la planète, réutiliser, réparer, comme faisaient mes grands-parents qui vivaient heureux,  recyler d'une manière compatible avec la biosphère etc.

Je vous en cite quelques extraits, avec l'espoir que vous ferez de cet ouvrage, ,minuscule et d'une telle densité que j'aurais pu vous en citer chaque page, un très agréable compagnon de cheminement.
On peut parfois trouver le propos excessif. Par exemple le rejet du travail bien fait comme " valeur" m'a agacée.  On peut être en quête d'un certain achèvement  par pur souci esthétique, ou pour se dépasser, pour se connaître, sans qu'il y ait forcément une connotation " écrasement  de l'autre sous des valeurs bourgeoises ".
L'éloge de la différence comme valeur m'a un peu énervée, elle aussi car nul ne peut nier qu'elle porte en germe celui des ghettos et autres communautarismes. Mais ce sont bien les seuls points sur lequel je ne suis pas d'accord avec l'auteur.

Ce livre devrait être diffusé largement dans les écoles, dans les usines, dans les entreprises. Comme le dit l'auteur " Nous livrons une bataille pour la survie de l'humanité".


Page 21: " De même qu'il n'y a rien de pire qu'une société travailliste sans travail, il n'y a rien de pire qu'une société de croissance dans laquelle la croissance n'est pas au rendez-vous. Cette régression sociale et civilisationnelle est précisément celle qui nous guette si nous ne changeons pas de trajectoire.(...) L'alternative est donc bien: décroissance ou barbarie."


Page 38: " L'hyper consommation de l'individu contemporain débouche sur un bonheur blessé ou paradoxal. L'industrie des " biens de consolation " tente en vain d'y remédier. "

Page 41: " Si la croissance engendrait mécaniquement le bien-être, on devrait vivre aujourd'hui dans un vrai paradis, depuis le temps... C'est bien plutôt l'enfer qui nous menace. Dans ces conditions, il serait urgent de redécouvrir la sagesse de l'escargot. celui-ci nous enseigne, non seulement la lenteur mais une leçon plus indispensable encore. " L'escargot, nous explique Ivan Illich, construit la délicate architecture de sa coquille en ajoutant l'une après l'autre des spires toujours plus larges, puis il cesse brusquement et commence des enroulements cette fois décroissants. C'est qu'une seule spire encore plus large donnerait à la coquille une dimension seize fois plus grande. Au lieu de contribuer au bien-être de l'animal, elle le surchargerait. (...) Passé le point limite d'élargissement des spires, les problèmes de surcroissance se multiplient en progression géométrique, tandis que la capacité biologique de l'escargot ne peut , au mieux, que suivre une progression arithmétique."
Ce divorce de l'escargot d'avec la raison géométrique qu'il avait épousée pour un temps, nous montre la voie pour penser une société de décroissance, si possible sereine et conviviale."



Bonne lecture donc!




Puis ci dessous un lien vers quelqu'un qui se bat lui aussi dans cette direction et qui se trouve depuis les tous débuts à droite sur mon blog,
 




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publié par Viviane Lamarlère - dans Simplicité Volontaire
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commentaires

Miche 10/01/2013 04:39


... oui, nous en sommes toujours là ...


 

Loran 17/02/2009 19:25

Bonjour, Quelle richesse dans ce blog ! Et j'y retouve même Jean Marc Jancovici !  Superbe...

Russalka 18/02/2009 16:33


merci! Je suis aussi fan de Jancovici que de saint Cirq Lapopie (sourire)
c'est dire si ce monsieur compte


Merlin 04/02/2009 19:30

Serge LATOUCHE est un sage. On ne peut pas continuer de piller les ressources de notre Planète Bleue ainsi. Je ne me définis pas comme "écologiste" bien que je respecte infiniment le milieu dans lequel je vis. Non, ce qui me fatigue, c'est de voir tous ceux qui se sont déjà gavés à donf et qui continuent de le faire sans vergogne, cyniquement. Je pense à tous ceux qui nous ont laissé un peu de cette terre en usufruit et qui seront à leur tour usufruitiers : nos enfants, petits enfants et autres descendants.Finalement, le vrai progrès, ne serait-ce pas plutôt la croissance qualitative (et non pas quantitative) c'est à dire la décroissance raisonnable et... sereine bien entendu. On peut accepter moins mais le partager mieux. Cesser de gaspiller et vivre bien. Par chez moi, nous avons une très bonne qualité de vie : station balnéaire familiale pas très coûteuse mais fort agréable, des maraichers et des agriculteurs non intensifs, des artisans qui travaillent bien mais cool (pas de cadences pour eux ni pour leurs employés), des conchyliculteurs qui produisent bien mais sans excès (surtout des mytiliculteurs d'ailleurs). Il n'y a pas le stress de la production par là. Certes, le chômage frappe les entreprises des villes comme ailleurs mais là, il faut reconnaître que la mondialisation et les directives économiques européennes ont la quasi totalité des responsabilités dans ce désastre.J'ai gardé un grand jardin pour y cultiver des pommes de terre si un jour nous n'avions plus rien à force d'avoir boosté la croissance et la consommation artificiellement et inutilementNon, l'économie, ça ne peut pas être du "toujours plus" comme disait F. de Closets.Yep, je voyage dans mes jardins et sur la plage. Ça peut suffire à mon bonheur. Ou alors, comme Nils & le Petit Prince, je voyagerai sur le dos des bernaches vers  La planète grise Alors je retrouverai mes ancêtres de Narvik et de Kiruna, dans l'été inteminable au dessus du cercle polaire, gratuitement, au soleil de minuit.Pour vivre heureux, vivons simplement ! Ça fait 12000 ans, les hommes avaient appris à le faire. Il nous a fallu moins de 200 ans pour tout détruire de cet équilibre, avec tant de bonheurs illusoires auatnt que superfétatoires.PRENDRE CONSCIENCE !

Russalka 05/02/2009 10:23



Comme je suis contente que tu apprécies cet auteur. Il passe souvent pour excessif alors que ses livres sont un bain de sagesse,
comme tu le dis bien,  et de jouvence. Et tu remarqueras qu'il renvoie dos à dos aussi bien les écologistes en tant que boutiquiers et naïfs utiles du développement durable que les
entreprises qui font leur miel de ce nouveau concept.



Moi non plus je ne me définis pas comme écologiste en tant qu'appartenant à un parti du même nom, mais je vis dans le respect de la
nature et ai éduqué les miens ainsi.
A cet égard, comme tu le soulignes, grande et coupable est la responsabilité des technocrates qui ne sortent jamais de leurs
bureaux.
ET pour ce qui concerne notre Prince, ses conseillers de dernière minute: sur ce lien Hervé Kempf met en face de ses contradictions le dénommé Jacques Attali.

J'apprécie moins Kempf  ( la
critique du marxisme a été faite bien avant lui par Illich et Gorz ) que je trouve assez sectaire ( au contraire de Latouche ) très faiseur de bons mots, très médiamétrie au final, mais bon,
c'est un excellent diffuseur d'idées et synthétique de plus...

Ici une émission avec lui autour de son livre " Comment les riches
détruisent la planète.

Il faut clicquer sur le lien en bas pour enclencher le MP3 en haut. Je pense que certains propos sur nos ancêtres te feront
bondir...

Le témoignage que tu m'offres de ta territorialité (sourire) me réjouit, outre les balades au bord de mer et dans ton si joli
Cotentin, il ressemble au nôtre. Il a fallu chez nous toute l'énergie de quelques " amoureux de semences traditionnelles " pour que revivent des espèces maraichères anciennes ( tomates, pèches,
fraises, pommes, légumes oubliés) et que l'on commence dans notre région à contrer l'expansion de cette détestable culture du maïs .

Songe qu'ils arrosent en été le maïs - en plein jour et pleine chaleur - l'eau s'évapore avant de toucher le sol ! Quel gaspillage
pour une région qui en cette saison-là est souvent touchée par des soucis de nappe phréatique en-dessous des seuils convenables, mais où les seuls à recevoir ordre de restreindre leur
consommation sont les particuliers...

Oui, nous avons élevé toi et moi nos enfants dans ce respect de la Planète bleue. Et cela me fait mal comme à toi de voir le
cynisme des gouvernants, celui des marchands mais pas seulement, j'y reviendrai un jour prochain.

Oui, le progrès, c'est vivre plus lentement, pas loin de chez soi ( et tu le sais comme moi à quel point on n'épuise pas les
richesses d'une région) , choisir les produits du terroir plutôt que ceux qui ont déjà des milliers de km dans les pattes, lire, voyager avec internet puisque nous avons ce privilège. Privilégier
la vie associative ( ce que nous faisons beaucoup dans notre région) etc.

Mais je crains que nos enfants ne connaissent une accélération de la dégradation de toute chose.
Alors il faudra être à leur côté et se réjouir, car si on ne peut renoncer à ce qui est acquis
( par exemple en matière de santé, et le progrès y est indéniable et nécessaire ) il faudra revoir à la baisse notre manière de manger, de nous vêtir, de nous chauffer l'hiver, notre consommation
de médicaments et de technologies de pointe pour le sdépistages, notre manière de nous déplacer, retrouver des techniques perdues...

C'est pour cela que j'enseigne à mes gosses l'art culinaire si décrié et moqué en certains lieux (sourire)
c'est pour cela que j'ai appris à mes gosses une économie quotidienne des objets
et à se méfier des modes et des fringues et des vitrines
à se méfier des voyages lointains qui pèsent sur le devenir et y préférer les promenades dans nos voisinages
pour cela que Michel engrange le maximum de techniques d'ostéopathie et reboutement etc, afin de transmettre ce savoir précieux aux
générations futures qui sont nées avec le déploiement de la pharmacopée et devront apprendre à vivre mieux avec des gestes ancestraux

PRENDRE CONSCIENCE! OUI. Mille fois oui. Merci à toi d'avoir relayé ce billet
bisous et super bonne journée qui t'arrive je crois ;o)
je pense fort à vous tous



clem 03/02/2009 23:17

Que dire ? Que dire ? clem

Russalka 04/02/2009 10:54


Rien, lire et diffuser de proche en proche
c'est le bon sens, comme le dit Angèle
merci Clem


Angele Paoli 03/02/2009 22:57

Je sens que je vais le donner à lire au maire de notre commune dont le rêve est de construire le village sur le modèle de la ville; En gros, d'amener la ville à la campagne! Plus le village se dépeuple, plus l'idée commune est de le remplir d'installations superflues. Totalement inutiles! Comment lutter contre cette facilité-là qui gagne du terrain au détriment du bon sens?Merci à toi, Viviane.

Russalka 04/02/2009 10:53


Tu sais, notre sous préfecture de Langon compte un peu plus de 6000 habitants. Une bourgade;
....

6 supermarchés: Intermarché, Nouvelles Galeries, Casino, Lidl, leaderprice, Mutant, et un hypermarché: leclerc, + un supermarché bio.
Et ensuite on s'étonne que le centre ville voit disparaitre les petits commerces.

Mais quand on sait que le propriétaire de tous ces terrains où se sont implantées ces grandes surface fut l'un des élus les plus en vogue, grand maître de la loge locale de franc maçonnerie et
propriétaire du Leclerc local, seconde fortune de Gironde etc... On comprend mieux.
Alors, diffuser, diffuser ces idées en sachant que cela prendra du temps.
Bisous à tous deux Angèle


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