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Blog de poésie, histoire de la musique et des arts,
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Musique de la semaine

Arundo Donax

1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 07:49





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L'histoire que je vais vous raconter est assez extraordinaire... Son héros nait à Venise le 4 mars  1678. Le jour même un important tremblement de terre ébranle toute la région. Dans ce que l'on imagine d'angoisse ambiante, la sage-femme qui a procédé à l'accouchement le bâptise à la hâte.

Est-ce l'influence de sa double rencontre avec  la religion et  les tempêtes cycliques qui agitent notre bonne vieille Terre? Toujours est-il que cet enfant dont on ne donnait pas cher de la survie deviendra prêtre et même fort bigot, et nous offrira parmi l'une des plus belles oeuvres consacrée aux cycles des Quatre Saisons terrestres.

Chacun de nous les connait, peut les fredonner, elles font partie de notre bien commun. Ecoutons-en quatre mouvements par le fabuleux Nigel Kennedy.

                                            Le printemps, 1er mouvement


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                                              L'été, 3ème  mouvement


Rarement musique aura évoqué avec un tel brio les tourbillons du vent dans les feuilles, l'orage qui s'annonce, ce qui racle le corps de la terre et aussi nos pensées.

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                                                L'automne, 3ème mouvement

Un mouvement en forme de danse paysanne et galante à la fois. Il fallait bien cela pour cette saison qui annonce le repos de la Reine Terre. Vous entendrez à la fin les violons jouer en " rasgueado " comme la guitare et cela imite bien les branches de bois mort qui se froissent sous les pas...


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                                               L'hiver, 2ème mouvement


Tout de sérénité, un peu au rythme d'une calèche qui trottinerait dans la neige et je n'ai trouvé rien de plus beau pour illustrer son climat que cette toile de Brueghel...

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brueghel-hiver.jpg


Des accidents qui entourèrent sa naissance lui restera ce que l'on nomme aujourd'hui un asthme chronique. Il empoisonnera sa vie.

La mère d' Antonio Lucio Vivaldi, originaire de la région de la Basilicate, est fille de tailleurs. Son père est du signe barbier ascendant violoniste et fort apprécié, du reste, puisqu'il appartient à l'orchestre de la Basilique Saint-Marc et se dévoue sans compter à la musique de son temps.

Milieu modeste donc, mais où l'on se soucie du devenir des enfants. La famille est nombreuse et toute marquée d'une épaisse et flamboyante chevelure. On imagine la lumière que répandait ces rousseurs familiales dans la Venise en perpétuels travaux, telle que la représente cette première toile de Canaletto, lorsque ce couple et ses huit enfants s'y promenaient...



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Le père du jeune garçon ne manque pas de remarquer ses belles dispositions pour la musique, des facilités étonnantes même. Mais comment assurer son avenir et l'éducation qui l'accompagne quand on est de milieu modeste?  L'Eglise y pourvoira. Être prêtre n'empêche pas de participer à la vie musicale et théâtrale.

Et c'est ainsi que sans avoir spontanément la vocation religieuse, Vivaldi entre donc au petit séminaire à l'âge de dix ans, reçoit la tonsure à quinze et est ordonné prêtre dix ans plus tard. En même temps que cette ordination, il est nommé professeur de violon à l'Ospedale de la Pieta. Voici notre " prêtre roux " à la tête de soixante quinze jeunes filles, enfants abandonnées à qui est dispensée depuis leur petite enfance une éducation de très haute tenue afin qu'elles puissent se sortir de leur condition initiale. Elles sont toutes plus douées les unes que les autres et toutes  animées d'une grande envie de quitter les lieux en épousant quelque grand qui  aurait remarqué leur brio. Vivaldi est fort mal payé à l'année pour ce  travail d'enseignant, mais il y est totalement libre de son emploi du temps. Celui-ci va être consacré à composer pour et faire jouer par cet orchestre entièrement féminin qui lui est totalement dévoué la quasi totalité de son oeuvre dont une grande partie reste méconnue: l'oeuvre religieuse.
L'
homme d'église qu'il était consacra en effet jusqu'à la fin de sa vie un moment de sa journée à la lecture des livres saints.

Je vous propose ici un extrait du Credo opus 592 . On ne manquera pas d'entendre la proximité avec la Troisième Leçon des ténèbres de Couperin:

                                                       Crucifixus

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Puis du Gloria.

                                                Cum sanctus Spiritu


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Et sa maladie asthmatique? Elle l'empêche de célébrer la messe dira-t-il pour s'excuser de consacrer bien plus de temps à la composition, l'édition de ses oeuvres, la direction d'un orchestre où il tient souvent le rôle de soliste violoniste virtuose, la direction d'un théâtre, un métier d'imprésario avant l'heure sans compter ses cours. Vie trépidante dont on sait fort peu de choses si ce n'est que le personnage est aussi contrasté que cette place Saint-Marc aux arcades d'ombre et de lumière:


Canaletto_Rialto.jpg



En vérité, sa vie est divisée en deux parties.

La première s'apaise dans  l'institution de jeunes filles qui est sa rente, sa sécurité. Il y est heureux et y prend son temps, entouré de jeunes personnes douées et ambitieuses mais sans malice. C'est dans cet espace-là qu'il invente tout ce qui fait sa patte, dont le concerto à trois mouvements à l'origine duquel il se trouve et qui pèsera fort dans la naissance de la symphonie.
Ce sont ces jeunes filles et femmes qui créent ses concerti, ses motets, ses sonates en des concerts somptueux où, comme on le voit sur cette toile de Guardi, elles dominent la population venue en nombre se laisser éblouir par leurs talents multiples.



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La seconde porte à bout de bras le théâtre San Angelo de Venise. On le voit là sous un jour plus fébrile, signant des contrats, tenant têtes aux vedettes engagées, négociant pied à pied leur cachet, organisant les répétitions et les tournées, s'accommodant des extravagances des uns et des autres. Sans doute ce stress permanent l'empêche-t-il sur le plan de la composition de sortir de la convention: les opéras de Vivaldi sont beaux, certes, mais sans véritable génie, ils obéissent aux canons de l'époque et aux caprices des stars. Ce sont souvent des oeuvres que l'on peut dépecer sans porter tort à l'ensemble. Venise est sans cesse à la fête, qu'importe l'unité d'une oeuvre pourvu que l'on s'amuse?



Est-ce sa nature profondément indépendante et sa liberté de ton avec les grands qu'il aime à fréquenter? La compagnie des jolies femmes dont il aime à s'entourer? 
Le jeune prêtre-musicien-virtuose ne se déplace jamais en effet sans une cour de jolies jeunes femmes qui font douter de son respect de l'engagement à la chasteté. Elles rassurent sa nature profondément inquiète, angoissée même. Il peut, protégé par cette barrière de jupons, composer tout à son aise. Toujours est-il que parfois l'orage gronde et qu'on l'éloigne de sa belle cité. Nous n'en saurons pas, aujourd'hui encore, les véritables raisons.




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On cherche à l'éloigner? Tant pis! Vivaldi, dont la renommée dépasse alors très largement les frontières de l'Italie et de la république de Venise va voyager. Partir à la rencontre d'autres compositeurs. Il a déjà rencontré Alessandro Scarlatti, Domenico Scarlatti son fils, Haendel. Tous compositeurs dont nous aurons l'occasion de parler prochainement. C'est le grand Jean-Sébastien Bach qui va transcrire ses oeuvres pour clavier avant même qu'elles n'aient été éditées! Songez que Vivaldi, qui était pourtant fort près de ses sous, vendait pour une bouchée de pain ( dix ducats) dix concerti composés en trois jours... Alors les laisser courir par les chemins de l'Europe  sous forme de copies manuscrites et se transmuer sous une plume amicale... Quelle importance, vraiment?
Ce qui brille n'est pas d'or, du moins n'est-ce pas l'or de ce soleil qui se reflète sur la pierre merveilleuse et les eaux de la lagune comme le montre si bellement la toile ci-dessous, toujours de Canaletto.


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Il se découvre chaque jour quelque fait nouveau et surtout des oeuvres nouvelles de ce génie qui possédait son métier jusque dans la moindre de ses fibres. Et pour un asthmatique vous conviendrez avec moi qu'il ne manquait pas de souffle!

Une revue de son oeuvre, considérable:

255 concerti pour violon, 30 pour violoncelle, 39 pour basson, 23 pour hautbois, 5 pour violon et orgue, 61 pour orchestre à corde sans soliste, 7 pour viole d'amour, 2 pour  mandoline, 1 pour luth, 19 pour flûte, 2 pour tompettes, 2 pour cor, 26 concerti grossi, 24 concerti da camera, quelques concerti pour divers instruments dont le théorbe. En tout: 507 concerti!

Ajoutez-y 98 sonates, 16 grands motets pour solistes, choeur et orchestre,28 motets à une ou deux voix, trois oratorios, plus d'une centaine d'airs isolés, 30 cantates profanes, 47 opéras.

Cela fait tout bonnement rêver!



Cette abondance d'oeuvres que l'on croit ou sait toujours reconnaître correspondait assez à l'esprit de l'époque, et pas seulement dans la chatoyante Venise. Dans l'Europe toute entière. Il y avait alors une boulimie de création, une tentation de vitesse, de surabondance, qui présageaient bien de nos temps obsédés par l'avoir et malheureusement bien moins créatifs. Quelle noblesse d'engagement que celle de ce compositeur-là qui, pratiquement bénévolement, par amour désintéressé de son art, resta le plus longtemps possible auprès de jeunes filles quand tant de cours Européennes le réclamaient.


C'est vrai que parfois on a le sentiment d'avoir déjà entendu cela. Mille fois. Et pourtant, c'est lui faire mauvais procès que de le tenir comme le fit Stravinsky pour un piètre orchestrateur. Non seulement Vivaldi fixa de manière définitive la forme du concerto classique: trois mouvements, rapide - lent - rapide. Et dans chaque mouvement, la ligne mélodique y est portée, écoutée, cajolée par un orchestre brillant, docile, léger ou furibond sans que jamais la moindre trace de mauvais goût ne vienne entacher l'ensemble.
Sa technique de violon virtuose et inventif ( et vous l'entendrez de vos oreilles, cette exigence se portait aussi aux prouesses vocales) influença grandement le grand Paganini. Surtout, son impétuosité, sa fraîcheur créatrice reconnaissable entre toutes, sa vigueur rythmique, la clarté de la structure  de ses oeuvres qui n'empêche jamais la fantaisie... Tout chez lui vise, non à reproduire, mais à évoquer. En cela il a déjà un pied dans les siècles qui le suivent.



Canaletto-Grand-Canal-de-Balbi-vers-Rialto.jpg


Il mourra dans une terrible misère, enterré au cimetière des indigents à Vienne. Cet homme qui avait écrit aussi bien pour des enfants du peuple en lesquelles il croyait, que pour les grands de ce monde qui n'avaient cure de lui demander de fournir commande sur commande, cet homme là ne sera redécouvert qu'au XIXème siècle.
Il entre alors dans le domaine du public: celui qui aime sans se soucier des aigreurs critiques, parce que ce génie là sait encore aujourd'hui nous rendre meilleurs, plus joyeux, plus humains. Pour terminer cette promenade en ses contrées, trois pièces moins connues:
 
                       
               La sinfonia n° 149 pour le prince de Pologne, 1er mouvement

Voici un exemple typique de concerto grosso dans lequel l'instrument soliste est le pupitre tout entier des premiers violons. Jubilation constante de la première à la dernière note. Non, Vivaldi n'était pas d'une nature mélancolique...


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                                       Sonate en la mineur pour violoncelle

                                              opus 44, 2ème mouvement.

L'instrument soliste y est accompagné par un orgue dont la voix flutée ressort aux fins de phrases. Le thème répétitif y est d'une grande modernité et jamais les ornements ne viennent contredire la fluidité de la mélodie.



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                                             Alma opressa da sorte crudele

Extrait de l'opéra la Fida Ninfa. Vous allez y entendre une voix d'une agilité stupéfiante, celle de Sandrine Piau,  imiter les batteries et ornements que Vivaldi demandait à ses violonistes... La partition laisse imaginer la technique vocale des jeunes filles dont Vivaldi assurait l'éducation musicale.
                                             

  
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Et pendant ce temps Domenico Scarlatti...



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commentaires

artlasarraz de eauvive 04/05/2010 13:48



Bonjour, bonjour les hirondelles sont arrivées le 1ere mai, mais aujourd'hui un froid des proche saints de glace,breeeeee,dernière news de la suisse. Bon, voilà chère amie du blog, j'aime
toujours venir passer un moment chez toi, les notes de Vivaldi fredonnent dans ma tête et ton historique est vrai et bien écrit. J'ai découvert que tu as écrit un livre, une femme  aux
multiples facettes, voilà ma chère et toi Michel, je vais finir mon escapade des blogs et retour à mes préparatifs de l'exposition en cours. A bientôt. Giselle



Russalka 06/05/2010 09:01



Contente de lire que les froids sont répandus du Nord au sud (sourire) dans ma maison ce matin il fait un petit 14° qui rappelle
l'hiver. Sans doute sa dernière escarmouche avant les beaux jours! Mille merci de ta lecture de cet article et de l'écoute des musiques, c'est super sympa...



aimela 03/05/2010 11:24



Je suis passée en coup de vent l'autre jour et avait survolé le sujet, je suis revenue  car il m'a beaucoup intéressé non seulement par les peintures mais aussi  pour la vie de Vivaldi
que je ne connaissais pas  et quelques musiques, 2 m'ont plues dans les 4 saisons, l'été et l'hiver  et  j'ai aussi aimé  la sinfonia pour le prince de Pologne. Tu as un super
blog Viviane  et si tout ne me plaît pas toujours ( musique) j'apprends énormément et de cela, je t'en remercie infiniment. Bises



Russalka 04/05/2010 11:16



Tu vois que peu à peu tu rentres dans la musique ;o), contente en tous cas que tu aies apprécié la sinfonia, elle représente bien le
style du prêtre roux. Merci Aimela et bises à toi...



Corinne 03/05/2010 11:22



Une belle entrée avec les 4 saisons de Vivaldi... puis "Crucifixus"...pour se laisser littéralement emporter par "la sinfonia", "sonate en la mineur" et enfin "alma opressa da sorte crudele" qui
reste un pur enchantement !


Vivaldi nous a laissé un bel héritage musical...


La galerie de toiles, notamment celles de Canaletto sur Venise, sont merveilleuses !


Très bel article...



Russalka 04/05/2010 11:16



Merci Corinne, j'essaie de continuer cette route en histoire de la musique, et c'est encourageant de constater qu'elle continue de
toucher ;o))



clementine 01/05/2010 17:30



Je me suis instruite. 


bonne journée du premier mai


clem



Russalka 04/05/2010 11:08



Merci Clem, contente de t'avoir permis cette découverte de Vivaldi, et emrci de tes voeux, à ce soir.



Martine :0040: 30/04/2010 23:12



C'est étonnnant comme toutes les musiques de cette époques se ressemblent (du moins les religieuses !) : Vivaldi est là très proche de Bach, mais aussi de
Pergolèse dont j'ai chanté le stabat Mater (au fait : "crucifixus", ce n'est pas un verset de stabat mater, mais un verset de credo ?). Le concerto pour violoncelle est très gai et sympathique ;
mais Vivaldi est aux étudiants violonistes le cahier d'études obligé qu'est Bach pour les apprentis pianistes je crois...



Russalka 01/05/2010 14:08



Tu as tout à fait raison Valentine et j'ai bien sûr corrigé dans ton sens, shame on me (*!*) d'avoir confondu le credo et le Stabat
Mater...
Ces musiques voyageaient dans toute l'Europe en un temps ou les droits d'auteur n'avaient pas ce poids que nous connaissons aujourd'hui, d'où effectivement des similitudes. Je ne sais si Bach est
un cahier d'études obligées, pour moi, quand je reprends le piano, la première oeuvre qui me vienne sous les doigts comme une nourriture est le Clavier bien tempéré... Vivaldi est sans doute un
extraordinaire plat de consistance pour le travail d'"orchestre, ça oui, mais il est loin d'être le compositeur gentillet que l'on veut bien lire en lui. Bises et merci encore!



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