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Musique de la semaine

Arundo Donax

21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 23:59

 





bach orgue


       Prélude et Fugue n° XIII en FA DIESE MAJEUR


 


Respiration libre, légèreté, communion avec la nature, voilà ce que nous dit cette tonalité. Le Prélude écrit en motifs d'arpèges sur une mesure très balançée est tout entier dans le contraste entre ces lignes régulières et l'accompagnement en syncopes. Le tout reste joyeux et aérien, sans aucun doute gâce à la manière dont le sujet est légèrement modifié d'une mesure à l'autre  ( l'intervalle Fa-Do transformé en Fa-Ré)




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La Fugue
à trois voix est dans le même esprit bucolique. Son sujet en deux parties séparées d'un court silence est bien accompagné d'un contre-sujet en double croches dont les notes répétées accentuent le caractère insistant, sautillant et joyeux. C'est de tout le recueil l'une de mes fugues préférées...

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           Prélude et Fugue n° XIV en FA dièse MINEUR



Dans le langage imagé des psychologues de l'intention tonale du XVIIIème siècle, cette tonalité était celle de l'obscurité qui tiraille la passion comme le chien hargneux tire la draperie.
Le Prélude est ici une invention à deux voix qui fait dialoguer ses deux mains sans interruption quoique avec une certaine sécheresse.

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La Fugue à quatre voix dégage une mélancolie profonde, presque inéluctable. 
Le contre-sujet  d'une infinie tristesse, repose sur un chromatisme très riche et des répétitions de notes deux par deux qui insistent sur le sentiment jusqu'à la fin.




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         Prélude et Fugue n° XV en SOL MAJEUR


Le Prélude le plus bref de tout le recueil: dix-neuf mesures seulement! Mais quelle effervescence dans ces arpèges qui entremêlent les deux mains en une joyeuse exubérance. Et la tonalité de Sol majeur y dit ce qui la constitue: gaieté, brio, aisance.

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La Fugue à trois voix qui le suit développe avec le même entrain un sujet long de quatre mesures qui s'élance pallier par pallier vers un intervalle de neuvième ( entre la note la plus grave: Ré, et celle la plus aigue: Mi). Bach y utilise de nombreux procédés d'écritures qui se coulent parfaitement dans la course à la coda: marches harmoniques, canons, renversements. Vers la fin, les ornements écrits en triples croches  qui sonnent comme des roulements de tambour accompagnant le ralentissement de la pièce contribuent au sentiment d'accélération et de jubilation presque solennelle.

 


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          Prélude et Fugue n° XVI en SOL MINEUR




Un Prélude à l'entrée presque romantique, dont la tonalité laisse présager sa tendresse, son sérieux, sa grâce même...

Le trille sur la longue note tenue de la main droite rend encore plus présent le bercement des accords brisés de la main gauche:


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Ce sentiment de brisure est accentué par l'alternance continuelle de la ligne de chant entre ce trille accompagné:

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et des mesures plus vivement ornementées:

prélude 16 trois

Quelque chose se passe donc ici, au caractère inéluctable, d'une nostalgie un point rêveuse et interrogeante avec sa longue cadence conclusive ornée .

La Fugue à quatre voix est sérieuse comme l'annonce la tonalité. Pour autant son sujet très calme n'est pas traité avec sévérité mais avec métier. Fugue d'école donc...




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         Prélude et Fugue n° XVII en LA bémol MAJEUR



Pas de définition du sens psychologique pour cette tonalité que Bach traite à la fois avec ampleur dans la Fugue et une gaieté élégante, royale, dans le Prélude.
Celui-ci a un côté très concertant, très italien, avec sa belle mélodie  dont l'écriture aérée  s'appuie sur de solides accords parfaits avant un développement en doubles croches légères et volubiles:


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La Fugue à quatre voix est souvent appelée " Fugue Cathédrale " tant son calme, son élévation sereine vers les sommets sans que jamais on ne sente l'effort d'écriture, donnent une idée du génie de Bach. Elle commence par quelques notes évoquant le son de cloches et ce sujet réapparait onze fois en entier, trois autres fois tronqué, donc quatorze fois en tout, rappelez vous, la signature de Bach. Trois mesures avant la fin, une belle cadence rompue captive l'attention avant la reprise tranquille et apaisée.


cadence fugue 17

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              Prélude et Fugue n° XVIII en  SOL dièse MINEUR


La tonalité de l'oppression, de la morosité, de la mort
est traitée ici avec une grande sérénité dans un Prélude qui tient de l'Invention. Le tempo assez rapide adopté par Richter ( sans doute en relation avec la mesure ternaire à temps binaires qui induit un balancement naturel) ne rend pas compte comme d'autres interprétations plus lentes de la douleur profonde qui habite cette oeuvre:

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La Fugue à quatre voix est d'une rare complexité, et son motif aux notes répétées est ô combien une illustration de ces barreaux infranchissables de l'opression.


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          Prélude et Fugue n° XIX en  LA MAJEUR



prélude 19


Le Prélude de ce dyptique est des plus sereins de tout l'ouvage. Il illustre assez bien le sens de sa tonalité qui est celui de la confiance et de la joie champêtre.
Il se présente comme une invention à trois voix sur trois sujets différents, tous tirés vers le haut ou qui lorsqu'ils s'en éloignent y reviennent toujours.
 
La Fugue à trois voix est une danse ternaire, gaie comme une ronde et dont le sujet progresse par intervalles de quartes ascendantes. A peu près vers la moitié de cette oeuvre surgit un contre-sujet en double croches sous lequel le premier sujet continue sa course volubile et joyeuse.




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          Prélude et Fugue n° XX en LA MINEUR



Ici le Prélude et la Fugue s'opposent totalement.
Le Prélude, écrit sur un rythme à 9/8,  élance avec légèreté son thème soutenu par un trille mesuré et quipasse d'une main à l'autre avec brio. Une véritable étude de virtuosité qui sert la tonalité d'allure fastueuse et grave.


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La Fugue pose problème du fait de la note tenue des dernières mesures qui laisse supposer qu'elle fut initialement écrite pour l'orgue. Il était en effet impossible de tenir une note aussi longtemps avec un tel contrepoint fouillé sur un clavecin ou un clavicorde. D'où le sentiment que Prélude et Fugue ont été appariés davantage par souci de les réunir que par cohérence mutuelle. Elle est d'une difficulté considérable et d'une expression très puissante, organistique au plein sens du terme.



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     Prélude et Fugue n° XXI en SI bémol MAJEUR



Le Prélude de ce dyptique est une petite merveille, un bijou tout en dentelle.  Toccata improvisée à la manière de Couperin, il se termine par une évaporation littérale du son à la dernière mesure, suspendue dans l'éther et qui nous laisse sans voix... Ses accords somptueux dans la seconde partie relancent l'attention et le questionnement autour de cette tonalité qui est celle de la joie magnifique, du divertissement, de l'espérance en un monde meilleur. Mon préféré de tout l'ouvage, je l'avoue, pour les plaisirs qu'il donne à la main, au coeur, à l'esprit.


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La Fugue à trois voix est tout aussi passionnante et m'a donné bien des bonheurs toute ma vie de pianiste. Elle est la plus joyeuse de tout l'ouvrage. Son sujet, très souple et s'étendant sur plus de quatre mesures:

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s'adjoint très vite un second contre-sujet fort de cinq notes répétées suivies d'une ritournelle  en double croches qui accentuent le caractère de danse villageoise de cette pièce.

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Il s'agit pour moi du dyptique le plus achevé, le plus puissant de tout l'ouvrage. Elégance de l'écriture, raffinement de la mélodie puisée à la tradition séculaire, science du contrepoint, virtuosité qui n'empêche les pauses méditatives, tout y est...



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         Prélude et Fugue n° XXII en  SI bémol MINEUR




Le Prélude illustre parfaiement, dans sa forme de procession lente , le climat que suggère la tonalité: celle des veillées mortuaires, de la passion du Christ, de la tristesse irrémédiable face à la mort.
Il se caractérise par la marche régulière des croches de la main gauche qui soutiennent le motif très simple et très obstiné de la main droite:


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L'oeuvre qui débute à quatre voix se termine à neuf parties, un peu comme un convoi qui se nourrirait des promeneurs de passage et les emporterait dans sa marche funèbre. Climat très sombre donc qui prépare celui de la Fugue à cinq voix qui le suit.
D'un style tout à fait épuré, construite sur des valeurs longues, elle déroule sa forme de choral à cinq voix égales au décours d'un chromatisme très élaboré. Puis elle se replie après une strette de pas moins de dix mesures.


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          Prélude et Fugue n° XXIII en  SI MAJEUR


Une grande parenté ici entre le sujet du Prélude et celui de la Fugue:

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Ce Prélude fugué à cinq voix s'articule autour d'un thème calme et souriant, aimable même et dont les gouttes d'eau des notes contredisent l'idée que l'on se faisait de la tonalité: celle des passions, de la fureur, de la jalousie.
La Fugue nourrit le même climat tranquille dont l'écriture solide et solennelle est accentuée par le trille qui clot l'entrée du sujet.


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      Prélude et Fugue n° XXIV en SI MINEUR



C'est à cette tonalité qui est celle de la patience et de la résignation que Bach confie le dernier dyptique de l'ouvrage.

Le Prélude, un des rares sous lesquels Bach ait donné des indication de tempo, est une longue méditation intime. Divisé en deux parties de longueur inégale, avec reprise indiquée, comme s'il fallait insister sur le sens de la patience et bien s'en pénétrer.
La Fugue, la plus longue de tout le recueil se rapproche par l'esprit de celui qui traversa ses Passions. Peu d'artifices d'écriture mais une grande sobriété

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commentaires

Valentine :0056: 22/09/2010 15:15



Quel travail d'étude et de transfert pour nous offrir ce joyau beaucoup moins connu que la première partie, de l'oeuvre de Bach ! C'est un bonheur que de
l'écouter, avec tes commentaires qui savent judicieusement pointer sur les éléments les plus frappants.



Russalka 24/09/2010 08:21



J'y ai passé quelque chose comme 120 heures depuis plus d'un mois... Mais je tenais à faire une série aussi exhaustive que possible et
il m'a fallu débrouiller beaucoup de choses, écouter je ne sais combien de belles interprétations, je suis revenue finalement à celle qui se trouve ici, mais celle de Zhu xiao
Mei, plus romantique, celle de Friedrich
Gulda, plus lente et méditative comme
tu peux l'écouter ici, celle de Pierre Hataï au clavecin magnifique elle aussi et dont tu peux écouter tous les extraits ici même sont très éclairantes et nourrissantes.



Sonya 22/09/2010 14:16



Crayon en main j'écoute c'est beau et riche. J'aurais presque envie de revenir au solfège de ma jeunesse baclé par
de mauvais maitres



Russalka 24/09/2010 07:58



Alors revenez-y en douceur ici même (sourire) point besoin de connaître les notes, juste d'un peu de sensibilité...



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